L’année 14

L’année 1914 est un ouvrage publié en 2004 par Jean-Jacques Becker né en 1928, Professeur émérite d’Histoire contemporaine à l’université de Paris-X Nanterre et président du Centre de Recherche de l’Historial de la Grande Guerre de Péronne. Il s’adresse aux étudiants, enseignants, au grand public et a été réédité en 2013, dans la collection Armand Colin Poche au prix de 11,90 €. En ce début des commémorations du centenaire de la Grande Guerre, ce livre offre un récit au quotidien des premiers mois d’une année qui marque une rupture dans l’histoire de l’Europe. Á partir de l’attentat du 28 juin contre François-Ferdinand, à Sarajevo, s’enclenche un processus de décisions qui va déboucher sur un conflit mondial.


Depuis un siècle, une énorme quantité de livres ont été écrits par les plus grands historiens sur les responsabilités et les origines de cette guerre. Jean-Jacques Becker tente de répondre à son tour à plusieurs questions : Comment cela-a-t-il été possible ? Quels étaient les objectifs des acteurs ? Quel était l’état d’esprit des populations ?

L'année 1914 JJ BeckerCouverture de la Première édition (2004)

Dans l’introduction du livre, l’auteur rappelle que « la constitution des États nationaux fut une des principales réalisations du XIXe siècle », avec pour conséquence l’émergence de citoyens ayant pour devoir la défense de leur pays. Les dirigeants et les peuples n’avaient pas pris conscience de cette mutation qui changeait aussi la nature et le risque de la guerre : « on a toujours dit que les Balkans étaient le tonneau de poudre de l’Europe, mais en réalité, par la multiplication des « patries », c‘était toute l’Europe qui s’était transformée en tonneau de poudre ». Avec le développement du nationalisme, les voisins deviennent facilement des adversaires ou des ennemis, et dans ce contexte, les dirigeants européens considéraient que faire la guerre pour se défendre était une chose naturelle. Certes il y avait aussi en Europe des parties de l’opinion dont l’objectif était la paix, comme les Églises et le mouvement ouvrier, mais pour ce dernier le risque de guerre résidait d’abord dans les rivalités capitalistes, et il avait tendance à sous-estimer les rivalités nationales.
L’élément déclencheur du conflit s’est produit dans l’empire austro-hongrois, assemblage complexe d’une dizaine de peuples, et qui se sentait menacé dans sa survie historique. En cette année 1914, la conviction générale était que le conflit serait bref, personne n’imaginait que la guerre allait durer 52 mois et tuer plus de dix millions de personnes.

L'année 14 JJ Becker 2013Couverture de la Deuxième édition (2013)

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Pour percevoir les changements dans l’approche historique de la Grande Guerre, on peut également lire l’article de Jean-Jacques Becker paru dans la Revue historique des armées de 2006 n°242, pages 4-15, sous le titre L’évolution de l’historiographie de la Première Guerre mondiale.

RHDA 1916

Résumé de l’article :
« L’historiographie de la Grande Guerre n’a cessé d’évoluer. À l’origine, elle s’intéressait essentiellement à la question des responsabilités et à l’étude des opérations militaires. À notre époque, elle a replacé l’homme au centre de cette histoire et a privilégié les représentations à travers la culture de guerre. Dans cet article, l’auteur a opté pour trois approches. Le passage d’une histoire où les origines de la guerre étaient vues essentiellement sous l’angle des responsabilités à une histoire où on essaie de mettre en évidence les mentalités des peuples et le poids des sentiments nationaux, le passage d’une histoire militaire concentrée sur les opérations, mais où apparaissaient peu les combattants, à une histoire où les combattants, les morts, les blessés, les fronts et les arrières sont au centre de l’étude, cette place des hommes se traduisant ensuite par l’importance des commémorations, le passage enfin d’une vision traditionnelle de la guerre à un type nouveau, la guerre industrielle qui rend en partie obsolète l’ancienne opposition entre guerre de mouvement et guerre de tranchée. »

►Le texte intégral de l’article est disponible en PDF à l’adresse suivante : http://rha.revues.org/4152