Le président de la République Raymond Poincaré et le discours de l’Union sacrée du 4 août 1914

4 août 1914 : la naissance de l’Union sacrée

 

« Dans la guerre qui s’engage, la France aura pour elle le droit, dont les peuples, non plus que les individus, ne sauraient impunément méconnaître l’éternelle puissance morale.

Elle sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l’ennemi l’union sacrée et qui sont aujourd’hui fraternellement assemblés dans une même indignation contre l’agresseur et dans une même foi patriotique. »

Raymond Poincaré, Président de la République, message aux assemblées du 4 août 1914.

 Portrait officiel de Poincaré site de l'Elysée

Portrait officiel de Raymond Poincaré
Président de la République française (1913-1920)

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Dès la proclamation de l’état de siège sur l’ensemble du territoire le 2 août 1914, le président de la République, Raymond Poincaré, convoque le Parlement en session extraordinaire pour le 4 août.

Dans son message aux Chambres, lu par le président du Conseil René Viviani, Poincaré introduit le terme d’« Union sacrée », traduisant la nécessaire solidarité face à l’ennemi, qui va guider la politique des groupes parlementaires jusqu’à l’été 1917.

Les 18 projets de loi présentés par le gouvernement pour mettre le pays en état de guerre, hâtivement examinés par les commissions, sont adoptés sans débat, à l’unanimité à la Chambre comme au Sénat.

À la fin de la séance, les Chambres décident de s’ajourner sine die et s’en remettent au gouvernement pour la conduite de la guerre, permettant ainsi aux députés mobilisés de rejoindre leur affectation sous huit jours. La conviction d’une guerre courte – et victorieuse – explique largement cette décision. La session parlementaire reste théoriquement ouverte puisque l’état de siège l’exige.

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 « Globalement, l’Union sacrée c’est la décision spontanée d’oublier toutes les divisions et toutes les querelles au bénéfice d’une cause qui, très soudainement, apparaît comme la plus haute de toutes : la défense de la patrie que l’on estime injustement attaquée par un agresseur, lequel au surplus passe pour l’ “ennemi héréditaire”. Ce n’est pas la disparition des divergences, mais un accord pour les passer sous silence. […] C’est un enthousiasme fragile, lié à la croyance en une guerre courte. Sur le plan pratique, l’union faisant la force, il faut taire la divergence des buts particuliers et mettre seulement en valeur un but suprême : la défense de la patrie. » (Jean-Baptiste Duroselle, La Grande guerre des Français, Perrin, 1994)

Source : http://www.assemblee-nationale.fr

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Lecture de René Viviani aux Chambres du message de Raymond Poincaré prônant l’ « Union Sacrée », 4 août 1914 

« Messieurs, j’ai l’honneur de saisir la Chambre, au nom de M. le Président de la République, du message suivant : (La Chambre écoute, debout, la lecture du message)

Messieurs les députés,

La France vient d’être l’objet d’une agression brutale et préméditée, qui est un insolent défi au droit des gens. Avant qu’une déclaration de guerre nous en eût été adressée, avant même que l’ambassadeur d’Allemagne eût demandé ses passeports notre territoire a été violé. L’empire d’Allemagne n’a fait hier soir que donner tardivement le nom véritable à un état de fait qu’il avait déjà créé.

Depuis plus de quarante ans, les Français, dans un sincère amour de la paix, ont refoulé au fond de leur cœur le désir des réparations légitimes.

Ils ont donné au monde l’exemple d’une grande nation qui, définitivement relevée de la défaite par la volonté, la patience et le travail, n’a usé de sa force renouvelée et rajeunie que dans l’intérêt du progrès et pour le bien de l’humanité.

Message du président de la République

Discours de l’Union Sacrée

Depuis que l’ultimatum de l’Autriche a ouvert une crise menaçante pour l’Europe entière, la France s’est attachée à suivre et à recommander partout une politique de prudence, de sagesse et de modération.

On ne peut lui imputer aucun acte, aucun geste, aucun mot qui n’ait été pacifique et conciliant.

À l’heure des premiers combats, elle a le droit de se rendre solennellement cette justice qu’elle a fait, jusqu’au dernier moment, des efforts suprêmes pour conjurer la guerre qui vient d’éclater et dont l’empire d’Allemagne supportera, devant l’histoire, l’écrasante responsabilité. (Applaudissements unanimes et répétés)

Au lendemain même du jour où nos alliés et nous, nous exprimions publiquement l’espérance de voir se poursuivre pacifiquement les négociations engagées sous les auspices du cabinet de Londres, l’Allemagne a déclaré subitement la guerre à la Russie, elle a envahi le territoire du Luxembourg, elle a outrageusement insulté la noble nation belge (Vifs applaudissements unanimes), notre voisine et notre amie, et elle a essayé de nous surprendre traîtreusement en pleine conversation diplomatique. (Nouveaux applaudissements unanimes et répétés)

Mais la France veillait. Aussi attentive que pacifique, elle s’était préparée; et nos ennemis vont rencontrer sur leur chemin nos vaillantes troupes de couverture, qui sont à leurs postes de bataille et à l’abri desquelles s’achèvera méthodiquement la mobilisation de toutes nos forces nationales.

Notre belle et courageuse armée, que la France accompagne aujourd’hui de sa pensée maternelle (Vifs applaudissements), s’est levée toute frémissante pour défendre l’honneur du drapeau et le sol de la patrie. (Applaudissements unanimes et répétés)

Le Président de la République, interprète de l’unanimité du pays, exprime à nos troupes de terre et de mer l’admiration et la confiance de tous les Français. (Vifs applaudissements prolongés)

Étroitement unie en un même sentiment, la nation persévèrera dans le sang-froid dont elle a donné, depuis l’ouverture de la crise, la preuve quotidienne. Elle saura, comme toujours, concilier les plus généreux élans et les ardeurs les plus enthousiastes avec cette maîtrise de soi qui est le signe des énergies durables et la meilleure garantie de la victoire. (Applaudissements)

Dans la guerre qui s’engage, la France aura pour elle le droit, dont les peuples, non plus que les individus, ne sauraient impunément méconnaître l’éternelle puissance morale. (Vifs applaudissements unanimes)

Elle sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l’ennemi l’union sacrée et qui sont aujourd’hui fraternellement assemblés dans une même indignation contre l’agresseur et dans une même foi patriotique. (Vifs applaudissements prolongés et cris de : « Vive la France »)

Elle est fidèlement secondée par la Russie, son alliée (Vifs applaudissements unanimes) ; elle est soutenue par la loyale amitié de l’Angleterre. (Vifs applaudissements unanimes)

Et déjà de tous les points du monde civilisé viennent à elle les sympathies et les vœux. Car elle représente aujourd’hui, une fois de plus, devant l’univers, la liberté, la justice et la raison. (Vifs applaudissements répétés)

Haut les cœurs et vive la France ! (Applaudissements unanimes et prolongés) »

Source : http://www.verdun-meuse.fr

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Biographie de Raymond Poincaré (1860-1934)

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny)

Député de 1887 à 1889, né à Bar-le-Duc (Meuse) le 20 août 1860, fils d’un inspecteur des ponts et chaussées, étudia le droit et se fit recevoir docteur. Inscrit au barreau de Paris, il devint secrétaire de la conférence des avocats, fut quelque temps attaché au journal le Voltaire comme rédacteur judiciaire (1882), puis fut nommé chef de cabinet du ministre de l’Agriculture (janvier 1886).

Il était conseiller général du canton de Pierrefitte (Meuse), lorsque le décès de M. Liouville détermina une vacance dans la représentation de ce département. M. Poincaré se présenta pour lui succéder, le 31 juillet 1887, et fut élu par 34 796 voix (46 944 votants, 82 994 inscrits), contre 3 705 à M. Hurel, 1 145 au général Boulanger et 1 582 à M. Gérardin.

Il se trouva alors un des plus jeunes membres de la Chambre, prit place dans les rangs de la majorité, parut quelquefois à la tribune, fut rapporteur des projets de loi sur les acquits de chemins de fer et sur le contrat de louage, et vota, dans la dernière session, pour le rétablissement du scrutin d’arrondissement (12 février 1889), pour l’ajournement indéfini de la révision de la Constitution, pour les poursuites contre trois députés membres de la Ligue des patriotes, pour le projet de loi Lisbonne restrictif de la liberté de la presse, pour les poursuites contre de général Boulanger.

Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940 (Jean Jolly)

  • Né le 20 août 1860 à Bar-le-Duc (Meuse).
    Mort le 15 octobre 1934 à Paris.Député de la Meuse de 1887 à 1903.Sénateur de la Meuse de 1903 à 1913 et de 1920 à 1934.Ministre de l’Instruction publique, Beaux-Arts et des Cultes du 4 avril au 3 décembre 1893.Ministre des Finances du 30 mai au 1er juillet 1894.

    Ministre de l’Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes du 26 janvier au 1er novembre 1895.

    Ministre des Finances du 14 mars au 25 octobre 1906.

    Président du Conseil et Ministre des Affaires étrangères du 14 janvier 1912 au 21 janvier 1913.

    Président de la République de 1913 à 1920.

    Président du Conseil et Ministre des Affaires étrangères du 15 janvier 1922 au 29 mars 1924.

    Président du Conseil et Ministre des Finances du 23 juillet 1926 au 11 novembre 1928.

    Président du Conseil du 11 novembre 1928 au 29 juillet 1929

    Raymond Poincaré naquit en 1860 à Bar-le-Duc au sein d’une famille d’excellente bourgeoisie lorraine, féconde en hommes de haute valeur, dont son cousin germain, Henri Poincaré, mathématicien de génie, a contribué avec lui à illustrer le nom.

    Antony Poincaré, son père, ancien élève de l’Ecole polytechnique, était ingénieur des Ponts et Chaussées et devint plus tard inspecteur général de l’hydraulique.

    Tout enfant le jeune Lorrain fut témoin de la défaite de 1870 et en resta marqué comme ceux de sa génération d’un ardent patriotisme. Excellent élève au lycée de Bar-le-Duc puis à Paris où il passa brillamment son baccalauréat après une année au lycée Louis-le-Grand, il opta par goût de la rigueur mais sans passion pour les études juridiques. A 20 ans il obtenait sans difficulté sa licence de droit et sa licence ès lettres et décidait de se consacrer au barreau de Paris tout en préparant sa thèse. Admis à la conférence des avocats avec le titre de premier secrétaire, il y prononça un éloge de Dufaure très remarqué par ses collègues. C’est à cette époque qu’il fit son apprentissage de juriste rigoureux en étudiant les dossiers de Maître Du Buît, l’un des avocats d’affaires les plus occupés du Palais.. Parallèlement, il rédigeait la chronique judiciaire au « Voltaire ». En 1886 l’occasion se présenta pour Poincaré de suivre certains de ses amis comme Hanotaux ou Millerand sur les chemins hasardeux de la politique. Jules Develles, député de la Meuse et vieil ami de sa famille, alors ministre de l’Agriculture, lui offrit à ses côtés le poste de chef de cabinet, qu’il occupa pendant dix-huit mois, et le fit élire conseiller général de Peyrefitte-sur-l’Ayre dans son département natal.

    En 1887, décédait le député de la Meuse Henri Liouville. Le jeune avocat, de tempérament libéral et profondément républicain, présenta sa candidature aux élections sous l’étiquette progressiste, c’est-à-dire gouvernementale. Il fut aisément élu au premier tour le 31 juillet avec 34 984 suffrages contre 1 287 au conservateur, 3 484 au radical et 684 au général Boulanger. L’électorat meusien auquel il avait d’emblée inspiré confiance malgré ses 27 ans devait constamment lui renouveler son mandat jusqu’en 1903, date à laquelle les électeurs sénatoriaux de son département lui ouvraient les portes de la Haute Assemblée.

    Dès 1890 Poincaré entrait à la commission du budget de la Chambre. Il s’y acquit une réputation de compétence financière qui le porta en 1893, à l’âge de 33 ans, au poste de rapporteur général. Dès lors et pendant trois ans, il participa activement à l’exercice du pouvoir, titulaire tantôt du portefeuille de l’Instruction publique – cabinet Dupuy, d’avril à décembre 1893 ; cabinet Ribot, de janvier à novembre 1895 – tantôt du portefeuille des Finances – cabinet Dupuy, de mai à juillet 1894. A l’Instruction publique, il créa un doctorat en sciences politiques et prépara un projet de loi sur la personnalité civile et l’autonomie des universités qu’il devait faire voter plus tard comme rapporteur. Aux Finances, il proposa à la Chambre, en même temps que la suppression de l’impôt sur les portes et fenêtres et son remplacement par une taxe proportionnelle, une réforme du régime des successions où apparaissait le principe de progressivité.

    En 1896, Poincaré abandonna toute fonction gouvernementale. Il – devait se tenir écarté du pouvoir pendant dix années, au cours desquelles, de retour au Palais, il se constitua un cabinet d’avocat. Ses qualités d’orateur et de civiliste lui assurèrent une clientèle de choix dans les milieux littéraires qu’il avait fréquentés lors de ses passages à l’Instruction publique. Avocat conseil de la Société des gens de lettres, il plaida à ce titre l’affaire du testament d’Edmond de Goncourt.

    Mais Poincaré n’abandonna pas pour autant ses activités parlementaires : il prononça devant la Chambre qui l’avait élu vice-président en 1895, deux discours restés célèbres : l’un en 1896 contre les projets fiscaux du gouvernement Léon Bourgeois, l’autre en 1898 pour dénoncer les procédés du ministère des Armées, dans l’affaire Dreyfus, et « libérer sa conscience ».

    Ce n’est qu’en 1906 qu’il accepta à nouveau un portefeuille, celui des Finances, dans le cabinet radical Sarrien. Entre temps, il était entré au Sénat le 22 février 1903, avec 774 voix sur 908 votants.

    Ayant démissionné des Finances à la suite d’un désaccord avec le cabinet sur la réforme fiscale, il passa six nouvelles années à l’écart du pouvoir au cours desquelles il fut élu au conseil de l’Ordre du Palais et entra, en 1909, à l’Académie française.

    Le 14 janvier 1912, le président Fallières l’appela pour former le gouvernement. Le cabinet Caillaux venait de tomber sur la ratification du traité franco-allemand signé au terme de la crise d’Agadir que Poincaré était chargé de rapporter devant le Sénat. Avec Briand et Delcassé comme principaux collaborateurs, il suscita un ministère d’union nationale. La priorité fut accordée aux ‘ problèmes extérieurs : le président du Conseil qui avait pris les Affaires étrangères, obtint du Parlement la ratification du traité franco-allemand ; il s’efforça de resserrer nos liens diplomatiques avec l’Angleterre et la Russie ; la France put jouer le rôle de médiateur dans le conflit balkanique. A l’intérieur, Poincaré fit voter, malgré l’opposition des radicaux, la réforme électorale tendant à instituer la représentation proportionnelle.

    Les succès obtenus par sa politique conduisirent le président du Conseil à présenter sa candidature à la Présidence de la République. Il incarnait alors dans l’opinion la défense de la Patrie et l’autorité du pouvoir exécutif. Il fut élu à la magistrature suprême le 17 janvier 1913 au second tour de scrutin, avec 482 voix. Son principal adversaire, Jules Pams, que lui opposait Clemenceau, en avait obtenu 296. Ce résultat fut accueilli avec enthousiasme par une large fraction de l’opinion.

    Raymond Poincaré sut, durant les dures années de son septennat, user des prérogatives que lui conférait la Constitution pour agir à chaque occasion dans le sens de l’intérêt national. Pendant les mois qui précédèrent la première guerre mondiale, il soutint la politique à la fois pacifiste et réaliste des gouvernements Briand, Barthou puis Viviani. C’est ainsi qu’il appuya de son prestige moral le vote de la loi de trois ans, et multiplia personnellement les contacts avec la Grande-Bretagne et la Russie dans le but de consolider les alliances du pays. A la veille du déclenchement des hostilités, il s’était rendu, accompagné du président du Conseil, jusqu’à Saint-Pétersbourg.

    A chaque phase nouvelle du conflit, il n’hésita pas à appeler à la direction du pays l’homme que les circonstances exigeaient. C’est ainsi que Clemenceau, son adversaire de toujours, put mener la France à la victoire.

    Son mandat expira peu après l’armistice. Poincaré désirait continuer à servir son pays dans les assemblées parlementaires et recouvra son siège de sénateur. Le 17 janvier 1920 les représentants qualifiés de tous les groupes de la Chambre, à l’exception des socialistes unifiés, lui rendirent un solennel hommage en inscrivant son nom parmi ceux des Français qui avaient bien mérité de la Patrie et le Sénat, à l’unanimité, s’associa à cet acte de reconnaissance nationale.

    Nommé président de la commission des réparations, il se fit le défenseur de l’exécution stricte du traité de Versailles et ne cessa de réclamer une juste contribution de l’Allemagne au relèvement de la France épuisée économiquement et moralement par la guerre.

    Le 15 janvier 1922 Poincaré revenait à la présidence du Conseil à la chute du cabinet Briand, suspecté de manquer de fermeté à l’égard de l’ennemi vaincu. Il prit le ministère des Affaires étrangères et mit toute son énergie à défendre les intérêts du pays. Malgré l’Angleterre et les Etats-Unis, il décida, avec le soutien italien, de faire occuper la Ruhr par les troupes françaises. La résistance passive des allemands finit par céder et les usines du pays furent alimentées par le charbon rhénan. Mais le président du Conseil, respectueux de la légalité, ne voulut pas user de sa position de force et choisit de reprendre les conversations avec les anglo-saxons pour aboutir à un accord sur le problème des réparations. Cette attitude temporisatrice devait susciter des critiques contradictoires ; après la victoire du cartel des gauches aux élections de 1924 Poincaré préféra se retirer.

    Le 23 juillet 1926, au paroxysme de la crise financière que les cabinets du cartel n’étaient pas parvenus à contenir, le sage Lorrain apparut comme le seul homme d’Etat susceptible de rétablir la confiance. Il constitua un ministère d’union nationale en s’entourant principalement de Briand aux affaires étrangères, Barthou, André Tardieu et Edouard Herriot. Les radicaux-socialistes devaient quitter le gouvernement le 11 novembre 1928.

    S’étant chargé lui-même du portefeuille des Finances, Poincaré entreprit tout d’abord l’assainissement des finances publiques et le redressement de la situation monétaire. Onze milliards d’impôts nouveaux furent votés pour 1927. Une caisse d’amortissement de la dette publique fut créée par une loi constitutionnelle. La situation financière s’étant nettement améliorée en moins de deux ans, grâce au soutien de la Banque de France et sans appel à d’impopulaires emprunts extérieurs, les chambres purent voter la loi monétaire du 25 juin 1928 qui stabilisait le franc au cinquième de la valeur du franc germinal.

    La politique sévère de restriction des dépenses publiques menée par le gouvernement avait été l’occasion de procéder à une importante réforme administrative : suppression d’une centaine de sous-préfectures ; réorganisation des conseils de préfecture ; nouvelle répartition des compétences entre le pouvoir central et les pouvoirs locaux dans le sens de la décentralisation.

    Il faut ajouter à l’actif du bilan des 4e et 5e cabinets Poincaré une réforme judiciaire (les tribunaux d’arrondissement furent remplacés par des tribunaux départementaux), et une législation sociale non négligeable (loi Loucheur établissant un programme d’habitations à loyer bon marché ; loi du 5 avril 1928 créant un système d’assurances sociales). A l’extérieur, les préoccupations dominantes étaient le désarmement, les réparations, les dettes de guerre envers les alliés, problèmes au sujet desquels Poincaré soutint la politique conciliatrice de son ministre Briand.

    Il tentait de convaincre la Chambre de ratifier les accords de Washington et de Londres tendant au règlement des dettes françaises, condition préalable aux conversations sur le Plan Young, lorsqu’il tomba subitement malade le 17 juillet 1929. Il fut contraint d’adresser sa démission au Président de la République, Briand prenant sa succession pour faire aboutir la politique entreprise.

    Raymond Poincaré ne put reprendre ses activités politiques. Il eut la consolation d’être élu en juin 1931 au bâtonnat de l’Ordre des avocats de Paris et, l’année suivante, de voir renouveler son mandat sénatorial, quoiqu’il ne fût pas en mesure de siéger à la Haute Assemblée.

    Il mourut à Paris le 15 octobre 1934, à l’âge de 74 ans, peu après l’assassinat de son ami Barthou. Le pays, au salut duquel il avait consacré son énergie à tant d’occasions dramatiques, lui fit des funérailles nationales.

    Raymond Poincaré avait lui-même choisi pour ses mémoires de guerre un titre significatif : Au service de la France.

Source : http://www.assemblee-nationale.fr