1310 morts pour la France originaires de Haute-Vienne en septembre 1914

 Un mois de septembre 1914 aussi meurtrier que le mois précédent…

 

Avec 1310 morts pour la France nés en Haute-Vienne, le mois de septembre 1914 est presque aussi meurtrier que le mois d’août 1914 qui en comptait 1332. En réalité la comparaison est trompeuse : en août 1914 les morts sont concentrés sur les 13 derniers jours (du 19 au 31 août) et en particulier la terrible journée du 28 août (863 morts, 65% des pertes du mois !) ; en septembre 1914 le décompte journalier varie de 11 à 39 morts pendant 19 jours et dépasse 40 morts pendant 10 jours. Quatre jours se détachent (voir le graphique), le 8 septembre avec 82 morts, le 20 septembre avec 106 morts, le 24 septembre avec 130 morts et le 26 septembre avec 178 morts.

 

MPLF HV septembre 1914 graphique

Si l’on examine la géographie des décès, on constate que l’on comptabilise des Morts pour la France de Haute-Vienne dans 43 départements en septembre 1914 (voir la carte). Les départements qui se trouvent à l’arrière du front (en bleu sur la carte) n’enregistrent que quelques décès, le plus souvent dans des hôpitaux des suites de blessures ou de maladies. Á l’opposé, les départements sur ou à proximité du front connaissent le plus grands nombre de décès (en rouge sur la carte). La Marne se détache avec 813 morts (62 % du total des morts du mois), viennent ensuite l’Oise avec 136 morts et la Meuse avec 89 morts.

MPLF HV Septembre 1914 map en déciles

Si l’on précise la géographie des décès à l’aide du tableau n°3 (Document Excel à télécharger), on peut retenir les 25 morts du 138e régiment d’infanterie à Somme-Py dans les trois premiers jours de septembre, on trouve ensuite des lieux de combats liés à la bataille de la Marne (6 au 12 septembre, voir la page Les Batailles de Champagne extraite du Guide Michelin de 1921)  comme Châtelraould (54 morts) et Vitry-le François (80 morts),  mais les régiments auxquels appartiennent les soldats de Haute-Vienne sont plus engagés dans des combats qui ont lieu autour de Reims* dans la seconde moitié du mois : le Fort de la Pompelle et la Pompelle cumulent 107 morts (voir le dossier documentaire plus loin), Auberive (31 morts), Minaucourt (32 morts), Saint-Léonard* (140 morts) pour la plupart du 63e ou du 138e régiment d’infanterie.

(*) pour des détails sur les combats voir les les pages des sites sur  les combats du 63e RI à Saint-Léonard et  la défense de Reims par le 78e RI)

Dans la Meuse on compte 25 morts à Osches, tués pour la plupart le 6 septembre et appartenant au 211e régiment d’infanterie. Dans les Vosges 22 des 23 morts d’Entre-deux-Eaux sont tombés le 1er septembre, ils appartenaient tous au 5e bataillon de chasseurs à pied (BCP)

Dans la deuxième quinzaine du mois de septembre, les décès dans l’Oise sont concentrés à Attichy (32 morts) essentiellement du 338e régiment d’infanterie, Moulin-sous-Touvent (19 morts) et Touvent (44 morts) pour la plupart du 278e régiment d’infanterie.

 

Source : Google Maps. Carte élaborée par Luc Fessemaz à partir du Tableau Excel n°3 : tri par lieu de décès

1914-09 1310 MPLF HV

Les couleurs des étoiles sur la carte sont associées à des intervalles en nombre de morts (dizaine, vingtaine, trentaine…)

 

Les Batailles de Champagne septembre 1914. Michelin 1921

Source : Les Batailles de Champagne, page 5. Collection des guides illustrés Michelin des champs de bataille (1914-1918), Clermont-Ferrand, 1921. Téléchargeable sur Gallica.

Si l’on analyse le nombre de  morts par régiment (tableau Excel n°4), on observe que la répartition se fait dans 152 régiments. Sur le graphique ci-dessous ne figurent que les 21 régiments qui ont plus de 10 morts au cours du mois de septembre 1914. En dehors du 52e régiment d’artillerie de campagne originaire d’Angoulême (garnison), tous les autres régiments sont des régiments d’infanterie ce qui rappelle combien les fantassins ont été les premières et principales victimes de la Grande Guerre. Sans surprise, les plus touchés sont des régiments casernés en Limousin (138e RI, 63 RI, 78e RI, 100e RI, 126e RI) avec leurs régiments de réserve (278e RI, 338e RI, 263e RI). Le reste des régiments les plus touchés sont originaires du sud-ouest (Angoulême, Cahors,Montauban, Toulouse), à l’exception des fantassins de Langres (21e RI) , des chasseurs de Remiremont (5e BCP) et des Zouaves d’Oran (2e RZ). Les 131 “autres régiments” ayant moins de 10 morts comptent majoritairement des fantassins, mais on y trouve aussi quelques artilleurs, cavaliers ou cyclistes.

MPLF HV septembre 1914 barres pas régiment

Si l’on analyse le genre de mort (voir le graphique circulaire), il y a d’abord ceux qui sont morts directement sur le champ de bataille : on recense 863 militaires (66%) déclarés “tué à l’ennemi”, sans que l’on puisse détailler l’origine de leur mort (par éclat d’obus, par balle…). On peut y rajouter la catégorie des  154 militaires (12%° ) “disparus” qui représentent ceux dont on a pas retrouvé les corps après les combats. Il y a ensuite la catégorie des 176 militaires (13%) morts de “blessures de guerre”, ils sont décédés le plus souvent à proximité du front dans des ambulances de campagne et des hôpitaux temporaires. S’y ajoute les 53 militaires (4%) morts des suites de blessures, ils ont probablement été évacués dans des hôpitaux plus en arrière du front mais n’ont pas survécu. Il reste trois autres catégories : les 45 militaires  (3%) “morts pour la France” sans que le genre de mort soit précisé, les 12 militaires morts de maladie en service (1%)  et le cas unique d’un militaire mort “en service commandé”…

MPLF HV septembre 1914 circulaire du genre de mort

Pour connaître dans le détail les 1310 militaires Morts pour la France en septembre 1914, téléchargez le document Excel qui contient cinq types de tableaux : 1914-09 1310 MPLF HV

Tableau n°1 : tri par date de décès > Régiment > Nom

Tableau n°2 : tri par département de décès (colonne Q)

Tableau n°3 : tri par lieu de décès (colonne P)

Tableau n°4 : tri par régiment (colonne I)

Tableau n°5 : tri par genre de mort (colonne R)


Dossier documentaire sur le Fort de la Pompelle

et le 138e Régiment d’Infanterie

 

1. Le site du Musée du Fort de la Pompelle

Le Fort de la Pompelle, désarmé depuis 1913, fut occupé sans combat par les troupes allemandes le 4 septembre 1914 ; Après la victoire de la Marne, il fut reconquis de haute lutte par le 138e Régiment d’Infanterie le 24 septembre 1914 devenant dès lors la clé de voûte de la défense du secteur de Reims. Durant plus de quatre années, l’armée allemande multiplia, en vain, les assauts contre le Fort : attaques d’infanterie, bombardements intensifs, attaques par les gaz, mines, attaques de chars… A tour de rôle, 180 régiments concoururent à la défense du Fort dont deux brigades d’infanterie russes prêtées par le tsar Nicolas II en 1916 et 1917…

Source : site du Musée du Fort de la Pompelle.

http://www.reims.fr/culture-patrimoine/musees-et-collections-permanentes/musee-du-fort-de-la-pompelle.htm

 

 2. Vidéo : visite du Fort de la Pompelle près de Reims. Par la rédaction de l’Union-Ardennais, publié le 21/06/2014.

 

3. Historique du 138e Régiment d’Infanterie : Historique du 138e RI – BDIC

Histo 138e RI couverture

 

4. Avis administratif du 20 octobre 1920 concernant la disparition du soldat DAUBROCHE Etienne au combat du Fort de la Pompelle, le 24 septembre 1914.Europeana FRAD087_109-Etienne DAUBROCHE Fort de la Pompelle 11422_139561_Source : site europeana 1914-1918,  pour plus de détails sur le soldat : http://www.europeana1914-1918.fr/fr/contributions/11422

5. Histoire d’Eugène Tribolle et de ses frères

L’aîné, Louis Tribolle, né le 31 janvier 1881 à Roussac, s’était marié le 26 février 1907 avec Marie Guillemy. Cultivateur comme ses parents, il était de la classe 1901, et son livret militaire le décrit comme châtain de cheveux, de sourcils et d’yeux, d’une taille d’1,60 m. Il effectua son service au 3e régiment d’infanterie coloniale. Libéré le 23 septembre 1905 de ses obligations militaires, il est rappelé en activité le 20 août 1914 et disparaît le 24 septembre 1914 au fort de la Pompelle (Reims), à l’âge de 33 ans, laissant cinq enfants. Son corps ne fut jamais retrouvé et le tribunal de Bellac le déclara décédé le 18 mai 1920. Il fut déclaré mort pour la France.

Pour plus de détails sur le parcours des frères Tribolle pendant la guerre de 1914-1918 : http://www.europeana1914-1918.fr/fr/contributions/10427

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L’entrée du fort de la Pompelle, lieu de la mort de Louis Tribolle, photographiée en 2014 par Valérie Riffaud.

 

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