Les victimes de la Grande Guerre de la commune de Panazol

La carte des lieux de décès des victimes de la Grande Guerre de la commune de Panazol en Haute-Vienne

 

► Téléchargez une exploitation de la carte : Fiche d’activités sur les victimes de la GG de Panazol

 

Les sources pour dresser la liste des victimes de la Grande Guerre de la commune de Panazol

En cette période de commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale, cette étude se propose de mieux connaître les citoyens de Panazol qui sont morts lors de ce conflit.

Pour en dresser la liste, le monument aux morts de la commune édifié en 1922 est la première source qui vient à l’esprit. Il est situé place de la République, à proximité du bâtiment de l’ancienne mairie et en face de l’église. D’un point de vue architectural et esthétique, le monument n’a rien de remarquable. Il s’agit d’une stèle accompagnée d’ornements classiques : rameaux d’olivier et feuilles de chêne, casques de soldats et croix de guerre. Par contre son inscription est beaucoup plus originale : « La commune de Panazol à ses enfants victimes de la guerre ». La formule « victimes de la guerre » a une signification pacifiste que l’on ne retrouve que dans des municipalités socialistes SFIO de l’époque. Le monument permet de recenser soixante noms présentés dans l’ordre alphabétique et, accompagnés de la première lettre du prénom. Cette présentation ne facilite pas l’identification des victimes car on se heurte à une double difficulté : la présence d’homonymes pour des noms très fréquents dans le département comme ceux de DELAGE, DELAURENT, DENANOT, FAUCHER, et ensuite l’incertitude sur le prénom. Par exemple un L est le plus souvent la première lettre de Léonard, prénom très fréquent dans le sud-est de la Haute-Vienne à l’époque, mais cela peut aussi signifier Louis ou Lucien. Plus troublant encore, il y a des exemples de non correspondance entre la première lettre du prénom inscrite sur le monument aux morts et celle du prénom de l’état civil de la victime. Sauf erreur de la part de l’artisan qui a gravé la stèle, il est possible que les familles aient choisi d’inscrire le prénom d’usage plutôt que le prénom officiel…

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 Les noms des 60 victimes de la Grande Guerre figurant sur le monument aux morts de Panazol (87350), place de la République. Photographie prise le 2 mars 2014.

 

Muni de la liste des soixante victimes issue du monument aux morts, il s’agit ensuite de préciser leur identité à l’aide d’autres sources.

La seconde source incontournable est constituée par la base des Morts pour la France en ligne sur le site Mémoire des hommes du ministère de la défense. Il faut rappeler que « Mort pour la France » est une mention officielle créée par la loi du 2 juillet 1915 et qui concerne les actes de décès de militaires ou civils « tués à l’ennemi ou morts dans des circonstances se rapportant à la guerre ». La constitution du fichier par le ministère de la Guerre et des Pensions a duré au moins deux ans (1921-1922) (1). Chaque fiche contient de précieuses informations : le nom, le ou les prénoms ; le grade, le corps (dernier régiment d’affectation), le numéro de matricule au corps (utile pour retrouver d’éventuelles citations individuelles dans le JORF en ligne sur Gallica), la classe (année de naissance plus 20 ans), le numéro de matricule et le lieu de recrutement (deux informations nécessaires pour retrouver la fiche matricule aux archives départementales) ; la date et le lieu du décès, le genre de mort, la date, le lieu et le département de naissance ; la date et le lieu de transcription de l’acte de décès ou du jugement du Tribunal civil.

(1) Christian Lemarchand, « Le fichier général des militaires de l’armée française décédés au cours de la Première Guerre mondiale », Revue historique des armées, 252 | 2008, 132-133.

 

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Fiche “Mort pour la France” du soldat Pierre Paul DEYSSET (1878-1916). Source: site Mémoire des hommes.

La troisième source pour compléter la liste des victimes de la Grande Guerre de la commune de Panazol est constituée par le Livre d’or des Morts pour la France. C’est par la loi du 25 octobre 1919, « relative à la commémoration et à la glorification des morts pour la France au cours de la Grande guerre », que l’Etat à lancé le projet d’un Livre d’or comprenant tous les noms des Morts pour la France, et qui serait déposé au Panthéon. Le ministère des Pensions a effectué ce vaste travail consistant à dresser la liste pour chaque commune partir du fichier national existant. Ce n’est qu’à partir de 1929, que la liste est envoyée aux communes pour contrôle et rectification (2). On peut aujourd’hui se faire communiquer le livre d’or d’une commune en faisant une demande en ligne sur le site des Archives nationales. Le livre d’or de la commune de Panazol comporte 13 feuilles avec un tampon daté du 29 novembre 1930. Il se présente sous la forme d’un tableau par ordre alphabétique avec 4 colonnes : nom et prénoms, date et lieu de naissance, régiment et grade, date et lieu de décès.

(2) 106 – « Les livres d’or des Morts pour la France de la Première Guerre mondiale », Archives nationales, 2013. Fiche rédigée par Damien Richard.

Les informations tirées des trois sources (monument aux morts, fichier des Morts pour la France, Livre d’or) ne se recoupent pas totalement compte tenu des écarts de dates dans leur élaboration.

Première différence : les 60 victimes de la Grande Guerre qui figurent sur le monument aux morts de Panazol de 1922 n’ont pas toutes obtenues la mention « Mort pour la France ». C’est le cas de 8 d’entre elles, ce qui représente 13% du total des victimes figurant sur le monument. Dans 6 cas, il s’agit de soldats qui ont été réformés : on compte 3 cas de réforme n°1 des suites de blessures ou maladies en service (affaiblissement intellectuel, mauvais état général, tuberculose pulmonaire), et 3 cas de réforme n°2 pour maladies non imputables au service (arthrite rhumatismale, tachycardie, tuberculose pulmonaire). Il y a le cas particulier du soldat Pierre FAUCHER disparu au combat le 28 août 1914, mais dont le registre matricule comporte une condamnation « pour bris de clôture » antérieure à la guerre et, qui est cependant amnistié par la loi du 29 avril 1921. Il y a enfin le cas du soldat Jean-Baptiste BEYLY qui a fait toute la guerre, a été blessé quatre fois, mais est mort le 28 juin 1920, quelques mois après son congé illimité de démobilisation prononcé le 9 septembre 1919.

Seconde différence : le Livre d’or des Morts pour la France de la commune de Panazol de 1930 comporte 55 noms, 45 noms figurent sur le monument aux morts, mais 10 noms n’y figurent pas. Dans ce dernier groupe, pour la moitié d’entre eux cela s’explique par le fait qu’ils figurent sur un autre monument aux morts : 3 se trouvent sur le monument de Saint-Just-le-Martel, 1 sur le monument de Feytiat, 1 sur le monument de Mialet en Dordogne en tant que lieu de naissance. Pour l’autre moitié, il s’agit probablement de familles qui n’ont pas fait la demande pour que le nom du soldat décédé soit gravé sur le monument de Panazol en 1922.

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Seconde feuille (noms commençant par B) du Livre d’or des morts pour la France de la commune de Panazol. Source : Archives nationales.

 

En cumulant les informations des différentes sources, on a retenu dans cette étude le chiffre de 70 victimes de la Grande Guerre de la commune de Panazol: les 60 inscrites sur le monument au morts et les 10 non inscrites sur le monument mais figurant dans le Livre d’or.

Schématisation de la composition des 70 victimes de la Grande Guerre de la commune de Panazol

70 Victimes de la GG sous-ensembles

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