Les vœux du Populaire du Centre du 1er janvier 1915

“Voilà cinq mois que nous vivons nuit et jour, sans trêve, dans l’épouvante et dans l’horreur,…”

L’éditorial de nouvel an de Paul Faure (1), rédacteur en chef du Populaire du Centre met en avant le contraste entre les souvenirs des fêtes de famille des années précédentes et le deuil ou l’angoisse qui dominent le 1er janvier 1915, frappé par la “guerre sauvage”. En faisant le bilan de  l’année écoulée, Paul Faure rappelle que “1914 avait pourtant été pour nous socialistes une année de fières espérances”, combats, réunions et résultats faisaient que “la Haute-Vienne devenait le premier département socialiste de France”.

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Source : Première page du Populaire du Centre du 1er janvier 1915. Disponible en ligne sur le site de la Bfm de Limoges.

Mais avec le conflit austo-serbe, l’assassinat de Jean Jaurès et la mobilisation générale, le pays a basculé dans l’horreur de la guerre. Paul Faure reconnait que l’activité du Parti est paralysée depuis cinq mois (2). Il réfute toute “faillite du pacifisme”, affirme que le “socialisme ne peut pas mourir”. Dans un élan d’espoir fondé sur les réalités sociales et économiques, il termine par la certitude du “triomphe” des doctrines socialistes “qui seul permettra l’établissement d’une paix stable, l’harmonie et l’entente européennes et mondiales”.

Notes :

(1) Paul Faure (1878-1960)

Né à Périgueux, Paul Faure vient très jeune au socialisme et adhère au Parti ouvrier français de Jules Guesde. Élu à la direction du parti, il y représente la Haute-Vienne, dont la fédération est des plus actives : en 1904, son organe, Le Populaire du Centre, est le seul journal fédéral qui soit quotidien. Pendant la Première Guerre mondiale, Faure est minoritaire au sein de la S.F.I.O. : son pacifisme le conduit à condamner la politique d’Union sacrée et la participation des leaders socialistes au gouvernement. Cependant, il récuse tout autant le défaitisme révolutionnaire de la gauche zimmerwaldienne. Source : Encyclopaedia Universalis.

(2) Pour approfondir le sujet,  lire les passages sur la Grande Guerre de l’ouvrage : Le département rouge: république, socialisme et communisme en Haute-Vienne (1895-1940), par Dominique Danthieux, Pulim 2005.

” La poursuite du conflit condamne les organisations ouvrières à l’immobilisme. La mobilisation des militants perturbe profondément leur vie interne, sans hommes et sans guère de directives sinon celles de de se soumettre à l’Union sacrée, sections socialistes et syndicats sombrent dans l’inaction”. Page 227.