Les fusillés pour l’exemple de Souain et de Flirey

 « Si les hommes ne partent pas à l’assaut, je fais tirer le 75 sur les tranchées »  : menace qu’aurait prononcée le général Réveilhac, le 10 mars 1915 dans le secteur de Souain (Marne).

Le GQG de Joffre ne se soucie guère de ces soldats qui sont qualifiés de « matériel humain » dans certains rapports ! Les témoignages d’officiers montrent qu’au printemps 1915, les fantassins en ont assez des sacrifices inutiles des offensives de Champagne et d’Artois. La démoralisation des soldats va finir par se transformer dans quelques cas par le refus de sortir des tranchées pour se faire massacrer. Un premier incident se produit les 8 et 10 mars 1915 dans le secteur de Souain, où les hommes du 336e régiment d’infanterie refusent de partir à l’assaut. Vingt-quatre hommes, dont six caporaux seront traduit en conseil de guerre, et quatre seront condamnés et « fusillés pour l’exemple » le 17 mars 1915.Il faudra attendre le 3 mars 1934 pour que la Cour spéciale de justice militaire prononce leur réhabilitation.

L’histoire se reproduit quelques semaines plus tard, à Flirey, en Lorraine. Des fantassins du 63e régiment d’infanterie de Limoges reviennent des combats de Regnéville du 3 au 5 avril 1915 et pensent avoir droit à un repos bien mérité. L’annonce que la 5e compagnie a été désignée pour former la première vague d’assaut d’une prochaine attaque entraîne protestations et discussions. Un soldat va même jusqu’à interpeler le général Proye sur ce qui est jugé par la troupe comme une injustice. Le 19 avril, après une préparation d’artillerie courte et approximative, seuls quelques hommes de la 5e compagnie s’élancent hors des tranchées pour être immédiatement fauchés par les mitrailleuses allemandes. Face à cette désobéissance, le général Delétoille, qui commande le 31e corps, veut faire fusiller les 250 soldats de la compagnie ! Au final, après un procès expéditif, il y aura quatre condamnés à mort qui seront fusillés devant le régiment le 20 avril. La démonstration pour l’exemple tourne au désastre : face à cet horrible spectacle les soldats crient en direction de leurs chefs : « Assassins ! Crapules ! Assassins ! » . La « réputation de carnassier » du général Delétoille s’étend à d’autres régiments. A la fin du mois d’avril, son automobile est caillassée par des soldats du 100e régiment d’infanterie de Tulle. Il faudra attendre également deux décennies pour que les quatre fusillés de Firey soient réhabilités le 2 juin 1934 par la Cour spéciale de justice militaire (*).

(*) Les informations de cet article sont tirées du chapitre : « Je les grignote » disait Joffre, pages 72-76 du livre de Jean-Yves Le Naour,1915, L’enlissement, éditions Perrin, octobre 2013.

Fusillés de Flirey Echo de la Creuse

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