Les Femme en 14-18, rencontre avec le romancier Jean-Guy Soumy

L’association Mémoire de Nieul et Alentours propose une rencontre avec Jean-Guy Soumy sur Les Femmes en 14-18, vendredi 26 juin à 20 heures à la salle des fêtes de Saint-Gence.

Affiche Jean Guy Soumy juin 2015

Texte de Jean-Guy SOUMY
“Les conditions de vie imposées aux femmes, leurs rêves, leurs échappées, constituent l’un des axes de mon travail d’écriture. Peut-être parce que je vois un rapport entre l’exil accepté de l’écrivain et certaines formes d’empêchements imposées aux femmes.
Comment, lorsqu’on est un romancier, ne pas rencontrer un jour la Grande Guerre ? Lorsque je me suis trouvé confronté à cette nécessité intérieure, j’ai tout de suite compris que je ne désirais pas descendre dans les tranchées. Mais que je souhaitais aborder l’écho de ce drame, vécu directement par les hommes, sur la société de « l’arrière ». Qui d’autre alors mieux qu’un personnage féminin peut traduire le souffle destructeur propagé depuis le front ? Si bien exprimé dans cette parole d’épouse : « Je leur ai donné un agneau, ils m’ont rendu un loup ».
Dans mes livres, les femmes cantonnées sur une rive traversent le fleuve ou l’océan qui bornait leur univers. Contraintes à l’immobilité, elles deviennent voyageuses. Engeôlées dans le silence, elles prennent la parole. C’est ce franchissement qui m’intéresse. Ce passage qui renvoie à ma propre traversée du plafond de verre que constitue l’idée même d’écrire. Mais toute émancipation est douloureuse. Les conditions de travail de la munitionnette Anna, héroïne de La Chair des étoiles, sont épouvantables. Comme si cette peine ne suffisait pas, en temps de guerre, le corps des femmes ne leur appartient pas. Il relève de la Nation. Des juges se prononcent. Aimer ailleurs est impossible. Ou bien il faut fuir. Mais s’échapper c’est déjà se libérer.
Sur le plan littéraire, écrire un roman qui n’est pas un roman historique mais un récit se déroulant dans le passé, pose de nombreuses questions. Si l’Histoire apporte une forme d’exotisme confortable à l’auteur, elle peut aussi se révéler piégeuse. La distance aux personnages, en particulier à Anna, est un point central. Choisir d’écrire à la première personne est une décision aux conséquences importantes. La langue, le conflit entre la vraisemblance et le vrai, l’espace, le temps, sont autant d’aspects déterminants.
C’est sur cet ensemble de points, et d’autres encore qui vous apparaîtraient, que je vous propose d’échanger”.