3349 Morts pour la France de Haute-Vienne en 1915

Après le choc des cinq premiers mois de la Grande Guerre qui se traduit par un  total de 3712 Morts pour la France de Haute-Vienne en 1914, les douze mois de combats de l’année 1915 entraînent encore 3349 Morts supplémentaires.

L’usure de l’ennemi ou de l’armée française ?

Avec l’épuisement de la guerre de mouvement et le passage à la guerre des tranchées, l’année 1915 est une “impasse” (1) car le front se fige sur  750 kilomètres, de la mer du Nord en Belgique à la frontière suisse. Depuis octobre 1914, dix départements français (2) qui contiennent l’essentiel de l’industrie et des mines de charbon et de fer du pays, sont occupés partiellement ou totalement par les armées allemandes, qui s’installent dans la défensive. Durant l’année 1915, des troupes allemandes sont transférées d’Ouest en Est pour soutenir l’allié autrichien, et dans l’espoir d’en finir avec la Russie. Dans ce contexte, le général Joffre, commandant en chef des armées françaises, auréolé de la victoire de la Marne en septembre 1914, met en place une stratégie d'”usure” qui consiste à harceler l’ennemi par de fréquentes opérations locales. Il organise également de grandes offensives en Artois et en Champagne, en promettant à chaque fois une “percée” qui ne se concrétise jamais. Le bilan humain de cette stratégie française est terrible : ” En 1915, 370 000 soldats français sont morts au champ d’honneur, 31 000 par mois, et tout cela pour un gain de 4 km en Artois et de 5 km en Champagne. (…). L’objectivité commande de constater que la tactique employée durant cette année sanglante, la plus meurtrière après le choc de 1914, n’a conduit qu’à de grands massacres inutiles.” (3) A cette comptabilité macabre, il faudrait encore ajouter des milliers de blessés et d’estropiés…

(1) Titre du chapitre de 6 du livre de l’historien John Keegan, La Première Guerre mondiale. Éditions Perrin, 2013, page 219.

(2) Nord, Pas-de-Calais, Somme, Oise, Aisne, Ardennes, Marne, Meuse, Meurthe-et-Moselle, Vosges.

(3) 1915, l’Enlisement. Jean-Yves Le Naour. Éditions Perrin, 2013, pages 50-51.

Les 3349 Morts de 1915 selon les dates et les lieux

MPF HV 1915

Le bilan mensuel des Morts pour la France de Haute-Vienne permet de retrouver l’impact des offensives menées en 1915. Les premières attaques en Artois (5 au 19 janvier) et en Champagne (16 février au 15 mars) expliquent les pertes des trois premiers mois de l’année. Avec la seconde bataille d’Artois (9 mai au 18 juin), le nombre de Morts de Haute-Vienne grimpe à 422 en mai 1915. Mais c’est l’offensive simultanée en Artois et en Champagne (25 septembre au 7 octobre) qui est la plus meurtrière, le nombre de Morts de Haute-Vienne en septembre atteint le maximum de 668.

Une analyse plus détaillée des pertes permet de repérer les dates et les les lieux les plus meurtriers (► Consultez les tableaux statistiques 1 et 2). Il s’agit à chaque fois des premiers jours d’une opération. Il y a en moyenne un peu plus de 10 Morts par jour le premier semestre, et ensuite 8 Morts par jour au second semestre.

C’est ainsi que lors du déroulement de la première bataille de Champagne, il y a 42 Morts le 16 février 1915, principalement du 11e RI à Mesnil-les-Hurlus et du 14e RI à Perthes-les-Hurlus dans la Marne.

On enregistre 69 Morts le 5 avril 1915, essentiellement des soldats du 63e et du 78e RI tombés dans le secteur de Regniéville en Meurthe-et-Moselle (4). A peine sortis de ces durs combats, les hommes de la 5e compagnie du 63e RI sont désignés pour attaquer à Flirey le 19 avril. Le refus de la compagnie d’attaquer conduira à l’exécution de 4 soldats, “fusillés pour l’exemple” (5).

(4) Pour le détail des combats de Regniéville, lire l’article sur le site de Christian Faurillon http://www.faurillon.com/regnieville.html

(5) Lisez sur ce site l’article sur Les fusillés pour l’exemple de Souain et de Flirey http://14-18.crdp-limousin.fr/blog/2015/04/20/les-fusilles-pour-lexemple-de-souain-et-de-flirey/

Le 5 mai 1915, on compte encore 40 Morts qui se partagent entre Flirey en Meurthe-et-Moselle, les Éparges et le Bois d’Ailly (situé à l’Est du saillant de Saint-Mihiel) en Meuse.

Le 9 mai 1915, avec le déclenchement de la seconde bataille d’Artois, on compte 38 morts, pour la plupart à Roclincourt dans le Pas-de-Calais.

Le 6 juin 1915, on compte 37 Morts qui se partagent entre la ferme de Quennevières dans l’Oise et plusieurs lieux du Pas-de-Calais (Arras, Neuville-Saint-Vaast, Notre-Dame-de-Lorette, Souchez).

Au second semestre de l’année, l’hécatombe se concentre les quatre premiers jours de la grande offensive en Artois et en Champagne : le 25 septembre 1915 est le jour plus sanglant de l’année avec 348 Morts ; il y a encore 63 Morts le 26 septembre ; 58 Morts le 27 septembre et 38 Morts le 28 septembre. Face à l’énormité des pertes, l’offensive connaît une pause. Malgré la supériorité en divisions et en canons, l’emploi  d’obus à gaz, de l’aviation pour bombarder et du casque Adrian pour mieux protéger les soldats, la percée tant attendue n’a pas eu lieu. La reprise de l’offensive le 6 octobre 1915 entraîne 43 Morts de plus, c’est le prix à payer pour s’emparer de la butte de Tahure.

Après l’échec de la seconde bataille de Champagne, les deux derniers mois de l’année sont moins mortifères : la moyenne par jour tombe en dessous de 3 Morts et il a même quatre jours sans Morts (les 2 et 13 novembre, les 3 et 25 décembre).

Les 3349 Morts de 1915 selon les départements et les pays

MPF HV 1915 1S

Les deux graphiques sur la répartition des Morts selon les départements montrent qu’au premier semestre 1915, quatre départements rassemblent 70% des Morts : à cause des batailles de Champagne et d’Artois, la Marne arrive en première position avec 22,2% des Morts, suivie par le Pas-de-Calais avec 18,8% des Morts. Viennent ensuite, la Meuse avec 16% des Morts et la Meurthe-et-Moselle avec 12,6%.

MPF HV 1915 2S

Au second semestre 1915, les Morts se concentrent dans deux départements qui totalisent plus de 75% du total : le Pas-de-Calais avec 39,5% des Morts est passé devant la Marne qui compte 35,9% des Morts. Cela signifie que dans la grande bataille de septembre, les soldats de Haute-Vienne ont été plus engagés sur le front de l’Artois qu’en Champagne.

Au niveau des Morts de Haute-Vienne tombés dans des pays étrangers, on enregistre 109 Morts en Belgique (5,9%) au premier semestre et seulement 7 Morts au second semestre (0,5%). Les soldats de Haute-Vienne ne sont pas directement engagés dans la seconde bataille d’Ypres lancée par les Allemands le 22 avril 1915, attaque où ils utilisent pour la premier fois des gaz toxiques sur le front occidental.  Les Morts en Allemagne représentent des décès en captivité des suites de blessures ou de maladies : il y a 31 Morts au premier semestre (1,7%) et 8 Morts au second semestre (0,5%). L’opération des Dardanelles fait 20 Morts, du 26 avril au 30 juin 1915, à Seddul-Bahr en Turquie (extrémité de la presqu’île de Gallipoli). On trouve ensuite, sur le second semestre, des traces de l’Armée d’Orient, avec 6 Morts en Grèce et 9 Morts en Serbie. Au total, l’engagement de soldats en dehors du territoire national reste marginal, on compte 171 Morts dans 6 pays étrangers et en mer au premier semestre et 38 morts dans 8 pays étrangers et en mer au second semestre.

 Les 3349 Morts de 1915 selon les régiments

MPF HV R

Avec la nécessité de compléter, au fur et à mesure des pertes, les effectifs des régiments, on assiste à une importante dispersion des affectations. Cependant, c’est l’arme de l’infanterie qui cumule l’immense majorité des décès : les 3349 militaires nés en Haute-Vienne et décédés en 1915 se répartissent dans 168 régiments d’active (65,8% des Morts), 78 régiments de réserve (10,5%), 29 régiments de territoriaux (4,4%), 55 régiments de coloniaux (7,6% des Morts en y incluant les zouaves et les tirailleurs), 34 régiments de chasseurs (6%). Pour les autres armes, les effectifs concernés sont limités, on recense des Morts dans 61 régiments d’artilleurs (1,8%), 31 régiments de cavalerie (0,9%), 10 régiments du génie (1,9%), 7 sections du service de santé (0,4%) et 4 escadrons du train (0,4%).

MPF HV 1915 27R

 Dans une logique géographique, sur les 27 régiments qui comptent le plus de décès (1655, soit presque la moitié des Morts), on retrouve 8 régiments du Limousin :  le 63e RI de Limoges se détache nettement avec 263 Morts en 1915 (combats de Regniéville et Flirey en Lorraine, Roclincourt et Thélus en Artois (► Consultez le tableau 3 du document Excel), mais on remarque également que des territoriaux du 89e RIT de Limoges sont tombés en première ligne (combats en Belgique) ou dans les hôpitaux du département du Nord (blessures de guerre et maladies en service) . En dehors du Limousin, on observe plusieurs régiments du Sud-Ouest qui comptent de 111 à 52 Morts (Cahors, Toulouse, Angoulême, Périgueux, Montauban).

Encore combien de Morts avant la fin de la Grande Guerre ?

La situation militaire des Alliés à la fin de l’année 1915 est bien dégradée : l’armée russe est affaiblie, la Bulgarie est entrée en guerre au côté des puissances centrales et a contribué à l’écrasement de la Serbie. L’espoir repose sur une offensive coordonnée prévue pour juin 1916, mais avant cela, l’initiative reviendra à l’Allemagne : les soldats français devront subir l’enfer de Verdun…

► Pour retrouver le détail des informations sur les 3349 Morts de 1915, consultez les trois tableaux statistiques du document Excel : http://14-18.crdp-limousin.fr/wp-content/uploads/2015/07/1915-MPF-HV.xlsx

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