La carte des Morts de la Grande Guerre de Guéret

La carte des Morts de la Grande Guerre de Guéret peut être utilisée à différents niveaux. À la recherche de soldats de Guéret morts entre 1914 et 1918, on peut imaginer s’en servir pour reconstituer des parcours individuels, en s’appuyant sur les registres matricules disponibles en ligne auprès des Archives départementales de la Creuse, de même que sur les journaux des marches et opérations et les historiques régimentaires disponibles en ligne auprès du site Mémoire des hommes. Dans une optique plus collective,  les différents lieux de décès ont été reliés afin de suivre dans le temps les principales batailles et opérations de la Grande Guerre où les soldats de Guéret sont tombés.  Il est également proposé de suivre le parcours du 78e régiment d’infanterie de Guéret depuis son départ pour le front le 5 août 1914, jusqu’à l’armistice du 11 novembre 1918. Les différentes étapes de ce parcours sont illustrées par des extraits de l’Historique et des JMO du régiment.

 

La carte des Morts de la Grande Guerre de Guéret s’inscrit dans le prolongement du Portrait statistique des Morts de la Grande Guerre de Guéret, présent sur le site La Grande Guerre et le Limousin sous la forme d’un diaporama synthétique et d’un article détaillé. La carte comporte dix calques qui permettent différentes approches.

Les six premiers calques : les Morts de la Grande Guerre de Guéret de 1914 à 1919

Les 296 Morts de la Grande Guerre sont répartis dans six calques en fonction de leur année de décès. Pour chaque année de décès, le menu déroulant qui accompagne la carte présente les noms de Morts dans l’ordre chronologique des décès. Les repères sur la carte se distinguent par des couleurs différentes selon l’année (bleu ciel, vert, marron, rose, bleu foncé, jaune) et par des formes différentes en fonction du genre de mort (par exemple : une “étoile” pour “tué à l’ennemi”). En saisissant le nom d’un Mort de Guéret dans l’onglet recherche de la carte, il est ainsi possible de découvrir son lieu de décès et sa fiche d’informations qui l’accompagne. Pour comparer les lieux de décès de plusieurs années, il suffit de cocher les calques associés.

Septième calque : les lieux de décès des Morts de la Grande Guerre de Guéret

Ce calque permet de visualiser les 195 lieux de décès des 296 Morts de la Grande Guerre de Guéret. Les repères sur la carte se distinguent par des couleurs différentes en fonction du genre de mort. Les repères en rouge désignent les lieux associés aux Morts au combat (tués ou disparus), ils sont particulièrement denses dans les départements de la ligne de front. Les repères en blanc concernent les lieux associés aux Morts à l’arrière décédés de blessures ou de maladies, il peut s’agir d’ambulances situées quelques kilomètres à l’arrière du front ou d’hôpitaux plus éloignés. Les repères en gris désignent les lieux associés aux Morts par accident, le plus dramatique étant celui de Saint-Michel-de-Maurienne en Savoie dans la nuit du 12 décembre 1917. Les repères en noir désignent des lieux associés aux Morts en captivité en Allemagne, des suites de blessures ou de maladie.

En dehors de Guéret qui compte 24 Morts des suites de blessures ou de maladie, les lieux de décès les plus importants (4 à 10 Morts) sont représentés en rouge foncé, car ils désignent des Morts au combat. On relève ainsi 10 Morts à Verdun, 9 Morts au bois Gerfaux (commune de Raucourt dans les Ardennes), 7 Morts à Rocquigny dans le Pas-de-Calais, 5 Morts à Moulin-sous-Touvent dans l’Oise, 4 Morts à Flirey en Meurthe-et-Moselle, 4 Morts à Esnes-en-Argonne et 4 Morts aux Éparges dans la Meuse. Le département de la Marne n’est pas cité dans la liste précédente, il compte cependant le plus grand nombre de lieux de décès (31 sur un total de 195).

En dehors du territoire français, on trouve également 23 lieux de décès dans 7 pays étrangers (Allemagne, Belgique, Bulgarie, Grèce, Italie, Malte, Maroc).

Huitième calque : batailles et opérations associées aux Morts de la Grande Guerre de Guéret

Cette approche propose un parcours chronologique qui relie des Morts au combat de Guéret à une bataille donnée (1).

 

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Le huitième calque propose 26 étapes que l’on peut visualiser seules ou en combinaison avec les autres calques (il suffit de cocher ou décocher les calques pour en disposer ou non). Les Morts de Guéret associés à une bataille, et donc à une période de temps, sont reliés par des lignes  (parfois des polygones quand les lignes se rejoignent) qui se distinguent par des couleurs différentes en fonction des années.

(1) ” Quant à la Grande Guerre, nous persistons en effet à user du terme de “bataille” pour qualifier un type d’événement guerrier qui, en fait , ne répond plus le moins du monde à la définition de la bataille admise jusque-là”. Article de l’Encyclopédie de la Grande Guerre:  Les batailles de la Grande Guerre, Gerd Krumeich et Stéphane Audouin-Rouzeau. Édition du Centenaire, page 284.

Les deux premières étapes du parcours chronologique concernent la bataille des frontières. Du 20 au 22 août 1914, dans le cadre d’offensives menées par les armées françaises, des soldats de Guéret sont tombés en Alsace-Lorraine (bataille de Morhange) et en Ardenne belge (Saint-Médard et Saint-Vincent).

L’étape suivante concerne la Grande retraite qui se déroule du 24 août au 4 septembre 1914 : on trouve en particulier des Morts de Guéret le 28 août à Raucourt (bois Gerfaux) dans les Ardennes, et à Rocquigny dans le Pas-de-Calais .

La quatrième étape concerne la première bataille de la Marne qui se déroule du 5 au 12 septembre 1914. Les soldats de Guéret appartenant à la 4e armée française du général de Langle de Cary sont engagés dans la bataille de Vitry-le-François .

Les deux étapes suivantes montrent qu’après la Marne, les armées allemandes ne sont pas vaincues, à partir de la fin septembre 1914, on assiste à une fixation du front avec le creusement des premières tranchées. Pour les soldats de Guéret, le combat le plus marquant est celui du 20 septembre à Quennevières dans l’Oise.

La septième étape indique la ligne de front en octobre 1914 (tracé en noir sur la carte long de 729 km). Elle montre en particulier combien le saillant de Saint-Mihiel est une position stratégique pour les Allemands qui fragilise l’approvisionnement de la place forte de Verdun en coupant la voie Verdun-Nancy.

Avec le blocage de la ligne de front à l’est de la Marne, s’engage la course à la mer, dernière phase de la guerre de mouvement. En ce qui concerne les soldats de Guéret, on peut en suivre les évolutions dans la Somme en octobre 1914 (8e étape). La bataille des Flandres en novembre-décembre 1914 (9e étape) termine la phase de la course à la mer. La ligne de front rejoint alors la mer du nord au-dessus de Nieuport, et la guerre de position va s’installer jusqu’au printemps 1918.

De 1915 à 1917 vont se succéder une série d’offensives de la part des armées françaises et britanniques, dans l’espoir d’obtenir une véritable percée. Elles auront toutes pour résultat des gains territoriaux dérisoires, au prix de pertes humaines monstrueuses (2). Le tribut payé par les soldats de Guéret témoigne de l’importance du carnage.

(2) ” Il nous paraît particulièrement intéressant de relever que cette “mort de la bataille” – ou à tout le moins cette mutation complète du phénomène – a elle-même partie liée avec l’extraordinaire radicalisation de la violence de guerre à laquelle on assiste à cette occasion L’intensité du feu donne en effet une supériorité écrasante à la défensive sur l’offensive et, en empêchant le mouvement, empêche aussi la bataille”. Article de l’Encyclopédie de la Grande Guerre:  Les batailles de la Grande Guerre, Gerd Krumeich et Stéphane Audouin-Rouzeau. Édition du Centenaire, page 291.

On retrouve des Morts de Guéret lors de la première bataille de Champagne du 14 décembre 1914 au 19 mars 1915 (10e étape), et quelques kilomètres plus au nord on repère la seconde bataille de Champagne du 25 septembre au 6 octobre 1915 (prise de Tahure le dernier jour de l’offensive) (13e étape). La première bataille de Woëvre du 5 avril au 5 mai 1915 (11e étape) se traduit par des pertes importantes dans deux lieux tristement célèbres : le bois de Mort-Mare à Flirey et la crête des Éparges.  La seconde bataille de l’Artois se déroule du 9 mai au 25 juin 1915 (12e étape), et la troisième bataille de l’Artois du 25 septembre au 4 novembre 1915 (14e étape). Pour les soldats de Guéret, les combats en Artois se prolongent au premier trimestre 1916 au Labyrinthe à proximité de la commune d’Écurie.

Les soldats de Guéret ont également subi des pertes lors d’offensives allemandes, en particulier lors de l’immense bataille de Verdun du 21 février au 19 décembre 1916 (15e étape). Sur les dix mois de combats, l’enfer de Verdun se solde par 22 Morts tués ou disparus et 7 Morts de blessures, soit 10% des 296 morts.

Il y aura encore de nombreux morts lors de la bataille de la Somme du 1er juillet au 18 novembre 1916 (16e étape), la bataille du Chemin des Dames du 16 avril au 24 octobre 1917 (17e étape), et la deuxième bataille de Verdun du 20 août au 18 septembre 1917 (17e étape). L’échec sanglant de l’offensive Nivelle, dès les premiers jours des combats, sera à l’origine des mutineries du printemps 1917.

Suite à la sortie de la guerre de la Russie révolutionnaire, les alliés doivent faire face à la vaste offensive allemande du Printemps du 21 mars au 18 juillet 1918 (19e, 20e et 21e étapes). La guerre de mouvement reprend, l’offensive Michael fin mars frappe principalement les troupes britanniques dans la Somme, l’opération Georgette ou bataille de la Lys se déroule dans les Flandres en avril. La seconde bataille de la Marne du 15 au 20 juillet 1918 est la dernière grande offensive allemande de la guerre, et elle se solde par un échec.

La contre-offensive alliée du 18 juillet au 6 août 1918 (22e étape), et l‘offensive des Cent-Jours du 8 août au 11 novembre (23e étape) sont marquées par l’implication décisive des troupes américaines et l’utilisation des chars d’assaut. La progression dans la libération du territoire français peut se lire à travers le déplacement vers le nord-est des lieux de décès des soldats de Guéret. La ligne de front à l’Armistice du 11 novembre 1918 (24e étape, tracé en noir sur la carte long de 338 km) montre l’ampleur du terrain reconquis des Flandres en Belgique au saillant de Saint-Mihiel.

Les deux dernières étapes proposées concernent deux autres fronts moins connus : le front italien et le front d’Orient.

Vers le front italien de novembre 1917 à novembre 1918 (25e étape) permet de suivre les voies d’accès des renforts français (depuis Vintimille ou Modane) en direction des lieux de décès de trois soldats de Guéret (Vérone, Vincence, Pennar). Le parcours permet également de s’informer sur la catastrophe ferroviaire de Saint-Michel-de-Maurienne, dans la nuit du 12-13 décembre 1917. Le déraillement d’un train de permissionnaires de  retour du front italien a fait près de 700 morts, dont une cinquantaine originaires du Limousin (on compte un mort originaire de Guéret).

Le front d’Orient (26e étape) est évoqué à travers le parcours d’un soldat de Guéret appartenant au 210e régiment d’infanterie. On peut suivre le régiment en 18 stations : depuis son débarquement à Salonique le 14-15 janvier 1916, jusqu’à son arrivée à Roussé en Bulgarie le 27 octobre 1918, et ainsi découvrir les évolutions du front dans les Balkans.

► Pour disposer de l’ensemble des informations du huitième calque, vous pouvez télécharger la liste des 26 étapes avec leurs descriptions (document PDF de 8 pages)

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Neuvième et dixième calques: le parcours du 78e régiment d’infanterie de Guéret

Il est proposé de suivre les différentes étapes dans la Grande Guerre du 78e régiment d’infanterie de Guéret, depuis sa mobilisation et son départ pour le front le 5 août 1914, jusqu’à son dernier engagement armé qui s’achève le 4 novembre 1918, après le franchissement du Piave en Italie.

Le 78e régiment d’infanterie n’est pas passé sur tous les fronts, mais son parcours est représentatif des multiples déplacements et combats endurés par les fantassins pendant les 52 mois du conflit. Le neuvième calque propose un parcours en 16 étapes pour l’ensemble du conflit, alors que le dixième calque détaille le parcours du régiment du 5 août au 12 septembre 1914.  A chaque étape, une description est proposée, fondée le plus souvent sur des extraits des Journaux de Marches et Opérations ou de l’Historique du régiment.

Au niveau des Morts de la Grande Guerre de Guéret, le 78e RI est le régiment le plus touché avec 36 Morts sur un total de 296 (12%). On retrouve l’hécatombe liée au combat du 28 août 1914 à Raucourt dans les Ardennes (10 Morts), et celles liées aux offensives en Lorraine et en Artois en 1915 (11 Morts) (3). L’année 1916 compte 5 Morts au premier semestre. Dans l’attente des troupes américaines, l’année 1917 ne compte qu’un Mort. Avec la reprise de la guerre de mouvement, on retrouve 4 Morts en 1918.

(3) ” 1915 sera après 1914 la plus meurtrière année de la guerre” (Duroselle) : 31 000 morts par mois en moyenne , soit 370 000 en tout pour l’année 1915, contre 60 000 morts par mois en 1914. Article de l’Encyclopédie de la Grande Guerre:  Les batailles de la Grande Guerre, Gerd Krumeich et Stéphane Audouin-Rouzeau. Édition du Centenaire, page 288.

Morts Guéret 78eRI

► Pour disposer de l’ensemble des informations du neuvième calque, vous pouvez télécharger la liste des 16 étapes du parcours du 78e RI de Guéret avec leurs descriptions (document PDF de 7 pages).

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Pour conclure, il faut retenir que les JMO et l’Historique du 78e régiment de Guéret donnent une vision de la Grande Guerre centrée sur les faits militaires saisis dans l’instant. Pour élargir le récit, il faut se tourner vers des témoignages individuels qui traitent de l’ensemble des conditions de vie et de mort du soldat pendant la Grande Guerre.

Concernant le 78e RI, le site du CRID 14-18 propose la recension de deux témoignages :  le livre Le Chemin des Croix 1914-1918, du colonel Louis-Benjamin Campagne, aux éditions Tallandier, 1930, 369 p. (le colonel Campagne commande le 78e RI à partir d’avril 1917) ; les carnets de Jérôme Castan (1893-1980), mobilisé comme simple soldat au 78e RI en décembre 1914. Sur le site histoire-genealogie.com on trouve les Mémoires de guerre du lieutenant Charles Rungs qui couvrent la période du 2 au 30 août 1914.

Dans une perspective pédagogique beaucoup plus large, on retiendra deux ressources du réseau Canopé sur la Grande Guerre : le DVD Maurice Genevoix, l’expérience combattante, qui contient un entretien avec l’écrivain et des extraits de son livre Ceux de 14 ; l’ouvrage 50 activités autour de la Grande Guerre, qui en deux tomes fait un tour très complet de toutes les thématiques liées au sujet.

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► Pour vérifier vos connaissances sur les lieux de décès des Morts de Guéret, les batailles, et le parcours du 78e RI, complétez les 20 questions du Quiz sur la Carte des Morts de la Grande Guerre de Guéret.