6 mars 1916 : déluge de feu sur Forges

Dans le cadre de la bataille de Verdun qui s’est engagée le 21 février 1916, deux soldats de la commune de Panazol sont tombés à Forges le 6 mars 1916, lors d’un nouvel assaut de l’armée allemande qui englobe maintenant la rive gauche de la Meuse. Il s’agit d’Henri Faure, né à Ambazac  en Haute-Vienne le 16 décembre 1882, domicilié au Petit Buisson à Panazol depuis le 28 décembre 1907, et de Jean Quanty, né à Lanouaille en Dordogne le 27 janvier 1883, domicilié au bourg de Panazol depuis le 18 août 1907. Dans les deux cas, il s’agit de soldats mariés avec enfants, ayant franchi la trentaine et appartenant au 211 régiment d’infanterie, régiment de réserve caserné avant le conflit à Montauban. La violence du bombardement, en prélude à l’attaque des troupes du Kronprinz, est décrite dans l’extrait de l’Historique du 211e RI, et il en résulte que nos deux soldats de Panazol sont portés disparus, avec même une incertitude sur le jour exact du décès pour le second…

Le champ de bataille de Verdun

Bataille de Verdun 5 03 1914

FAURE Henri archives_E731361R

La fiche de Mort pour la France du site Mémoire des hommes, indique “Verdun” sans autres précisions, mais le registre matricule en ligne sur le site des Archives départementales de la Haute-Vienne précise qu’Henri Faure est porté disparu le 6 mars 1916 à Forges, décès fixé par jugement déclaratif du Tribunal de Limoges rendu le 23 juillet 1920.

QUANTY Jean archives_J170149RLa fiche de Mort pour la France du site Mémoire des hommes, indique une période de décès du 6 au 8 mars 1916, mais le registre matricule en ligne sur le site des Archives départementales de la Haute-Vienne précise que Jean Quanty est tué à l’ennemi le 8 mars 1916 au village de Forges, décès fixé par jugement déclaratif du Tribunal de Limoges rendu le 14 juillet 1919.

Historique du 211e Régiment d’Infanterie

Verdun !

Verdun couronne et termine la glorieuse campagne du 211e d’Infanterie pendant la « Grande Guerre ». C’est à Verdun que va se livrer une bataille telle que l’Histoire n’en a jamais connu avec, des deux côtés, une accumulation d’un matériel formidable mis en œuvre pour tout détruire, pour tout anéantir. Des milliers et des milliers d’hommes se succédant vont venir lutter sous les murs de la vaillante citadelle : le 211e, à qui est revenu l’honneur de compter parmi ses défenseurs de la première heure, a eu, de ce fait, à supporter le premier choc c’est-à-dire le choc le mieux préparé, le plus formidable.

Le 15 février 1916, après trois jours de marche, le 211e arrive au bois Bourrus, ayant quitté le camp d’instruction de Bebrain où il vient d’être éprouvé par une épidémie de grippe.
Dès son arrivée, et pendant 15 jours, il fournit un travail intensif d’organisation sur la crête du bois Bourrus dans des conditions particulièrement pénibles : tout le jour sous la pluie, la neige, les bourrasques, les bombardements; la nuit en position d’attente sous bois, sans autre abri que quelques branchages.
Dans les nuits du 2 au 3 mars et du 3 au 4 mars il relève le 288e sur ses positions de Forges, Regnéville, Côte de l’Oie.

La situation du 211e sur ces positions, qui s’enfoncent de trois kilomètres dans la position occupée par l’ennemi sur la rive droite, est unique peut-être et exceptionnellement difficile.
De front, de flanc et de derrière, il est en butte aux coups incessants de l’ennemi qui, de la Côte 344, de la Côte de Talou, de Brabant, de Samogneux, de Champneuville, l’observe à petite distance et en toute facilité. Il a reçu l’ordre de tenir jusqu’au dernier homme. Il va combattre les 6 et 7 mars sans autre espoir que de retarder l’ennemi.

Le 7, à midi, il ne restera presque plus rien du 211e et son chef, blessé et prisonnier, aura partagé son sort.
L’organisation défensive se résume ainsi : pas de ligne continue — trois points d’appui complètement séparés : Forges, Regnéville, Côté 265, sans vues réciproques, à peu près sans communications par boyaux, ni entre eux, ni avec le P. C. du Chef de Corps — des tranchées déjà en partie ruinées par le bombardement, ou, comme à Regnéville, existant à peine et seulement face au Nord.

Le 6 mars, vers 7 heures, commence un vif bombardement sur tout le secteur par des obus de tous calibres. La terre projetée, trouée comme une écumoire, tremble sous les coups répétés de l’artillerie qui nivelle et anéantit tout.

Ici, se trouvait Forges ! Maintenant ce n’est plus qu’un amas de ruines croulantes, de ruines glorieuses qui fument au milieu d’un terrain qui semble être dévasté par le plus terrible des cyclones.
Au milieu de tout cet enfer, dans les trous d’obus, le « Poilu de Verdun », le poilu couvert de sang et de boue, résiste malgré les assauts acharnés de l’ennemi.

Après ce bombardement d’une violence inouïe, l’attaque ennemie commence.
Une brume légère estompe les contours des ruines de Forges et de Regnéville favorisant ainsi les surprises.
Grâce à ce brouillard, l’ennemi a pu jeter un pont sur la Meuse qu’il a traversée, et il déborde la gauche de Forges.

La résistance se concentre alors autour de la droite du village.
Le commandant RECORD chargé de la défense de Forges, et qui devait être tué quelques jours plus tard, envoie un billet au Chef de Corps se terminant par ces mots qui prouvent que tout le monde est prêt à recevoir le choc : « Autour de moi le moral est bon ».

A la Côte 266 (2 km. Ouest de Regnéville) commande le capitaine BITH. Soumis à un « marmitage » intensif, les effectifs fondent rapidement. Le Colonel, voyant cela, demande la mise à sa disposition de la réserve de Brigade et renforce l’effectif de la Côte 265 avec une compagnie.

Regnéville, attaqué le 6 à 10 heures du matin, est cerné complètement dès 13 heures. Le capitaine BOUNIOL, commandant de ce point d’appui, sans aucunes communications, sur le point de manquer de cartouches, ne dispose plus que de 5 sections.
Regnéville disparaît, petit à petit, se transformant en un chaos indescriptible de pierres qui s’éboulent sur ses héroïques défenseurs.

Vers 16 heures, le Colonel reçoit une compagnie de renfort qui arrive de Cumières. Il part en tête de cette compagnie et décide de la porter vers l’Est en vue d’une contre-attaque sur la Côte 265 menacée d’un débordement.
En terrain découvert, la compagnie progresse lentement, Les agents de liaison : le capitaine LIBAUD, le sous-lieutenant SAHUC, adjoint au colonel, suivent les traces de leur Chef. Mais, bientôt, survolée, à faible altitude, par des avions ennemis qui règlent le tir de l’artillerie, la Compagnie ne peut plus progresser et se trouve clouée sur place pendant plus de deux heures.
Favorisées par ce tir qui se concentre sur les différents points d’appui, annihilant toute défense par le feu, des unités allemandes progressent par petites fractions entre la côte 265 et la butte qui domine Régneville, d’autres
sur la droite le long de la voie ferrée.
La Compagnie fait face une moitié au nord, l’autre moitié au sud et tous les Allemands qui, homme par homme, cherchent à progresser, tombent à mesure qu’ils se lèvent pour ne plus se relever. La Colonel, révolver au poing, fait le coup de feu à côté de ses poilus enflammés par son exemple.

Le lendemain 7, il ne reste plus rien de Forges et de Regnéville. Les quelques survivants qui existent encore parmi les ruines sont faits prisonniers et l’ennemi occupe ces positions.
Les débris du 211e, tant bien que mal groupés et rassemblés, s’établissent sur la ligne : bois des Corbeaux,
Cumières.

L’ennemi commence le 7, vers 7 h., sa préparation d’artillerie sur ces nouvelles positions.Après Forges et Regnéville, c’est au tour de Cumières de disparaître. Après la côte 265, c’est au tour du bois des Corbeaux ! Et l’ennemi, bien qu’au prix de pertes terribles, avance toujours, petit à petit, de trou d’obus en trou d’obus, luttant pour un amas de pierres, un vestige de tranchées !…
Dans d’autres trous d’obus semblables, au milieu d’un véritable enfer, les rares poilus survivants luttent en désespérés, supportant les plus atroces souffrances.
Depuis longtemps, les corvées ne se font plus ; l’eau, la soupe ont cessé d’arriver en première ligne. Les brancardiers ne réussissent qu’à grand peine à évacuer quelques blessés.

A midi, malgré la résistance la plus acharnée l’ennemi, débordant par le bois des Corbeaux, prenant ainsi à revers nos positions progresse toujours.
Le capitaine LIBAUD, aidé du sous-lieutenant SAHUC, déterre une mitrailleuse enfouie par un obus et tire dans la direction de la route de Forges, sous le feu des tirailleurs ennemis établis à moins de 100 mètres. Finalement, encerclés de tous côtés par les Boches, le colonel MOLLANDIN qui, blessé n’a plus l’usage de sa main droite, et ceux qui l’entourent, sont faits prisonniers.

Le 7 au soir, le Régiment a perdu plus des trois quarts de son effectif. Il ne lui reste plus comme officiers combattants que les capitaines ROSFELTER et GRAND et le sous-lieutenant SAHUC. Les trois chefs de bataillon
(commandant RECORD, commandant CAYROL, commandant DE CARRAYOL) qui commandaient autour du colonel sont morts glorieusement.

Ce qui reste du Régiment rassemblé dans la nuit du 9 au 10 à la lisière sud du bois Bouchet s’embarque en auto le 14 et va au repos à Buisson-sur-Saulx. Ils ne sont plus que 500 échappés par miracle de la fournaise !…
Boueux, meurtris, harassés, ils descendent de Verdun couverts de gloire!..

Source : Historique du 211e Régiment d’Infanterie, campagne 1914-1918. Edouard Julien imprimeur, Albi (Tarn), pages 13-15.

Le combat de Forges du 6 au 8 mars 1916

Forges JMO 211e RISource : Source : J.M.O. du 211e Régiment d’Infanterie sur la période 1er janvier-14 avril 1916. 26 N 715/12, image 9/16. Site Mémoire des hommes.