2615 Morts pour la France de Haute-Vienne en 1916

Il y a exactement 100 ans, le 1er juillet 1916, commençait la bataille de la Somme. Au sein des armées françaises, les soldats de Haute-Vienne participent à cette bataille et sont aussi engagés depuis le 21 février 1916 dans la bataille de Verdun.

L’année des batailles

Après l’échec des grandes offensives de 1915 en Artois et en Champagne, les Français et les Britanniques décident de poursuivre leurs efforts en 1916 en attaquant le long de la Somme, mais ces plans alliés ne tiennent pas compte des intentions des Allemands qui pensant avoir vaincu les Russes, mettent au point une vaste offensive sur la forteresse de Verdun. Le début de l’opération allemande baptisée Gericht (Jugement) est prévu pour le 10 février, mais le mauvais temps le retarde au 21 février. La Ve armée du Kronprinz entre en action sur un font de treize kilomètres, appuyée par une énorme concentration d’artillerie qui est censée écraser préalablement les défenses françaises. Le fort de Douaumont tombe sans résistance le 25 février. L’offensive allemande s’élargie à la rive ouest de la Meuse, la crête du Mort-Homme est conquise le 8 mai, le fort de Vaux tombe le 7 juin. Le point culminant de l’offensive est atteint le 23 juin, mais dans un ultime effort les Allemands sont arrêtés devant le fort de Souville le 11 juillet. Le plan du général Falkenhayn a échoué, et il est remplacé en août à la tête de l’armée allemande par le maréchal Hindenburg. La bataille de Verdun va encore durer cinq mois,  et du mois d’octobre au 19 décembre qui en marque la fin, les Français vont reprendre l’essentiel du terrain perdu.

L’autre grande bataille de l’année 1916 est celle de la Somme, et elle concerne surtout les Britanniques. Elle s’ouvre le 1er juillet par un véritable massacre qui se solde par 20 000 morts et 40 000 blessés, les pertes les plus lourdes de toute l’histoire militaire britannique (1). Par la suite, l’utilisation en septembre de la nouvelle arme que représente le char d’assaut, évite un enlisement complet de l’offensive alliée. Cependant quand l’offensive s’arrête le 18 novembre, les Alliés ont perdu (morts, disparus, blessés) plus de 600 000 hommes pour une avancée territoriale d’à peine onze kilomètres…

(1) John Keegan, La Première Guerre mondiale.Éditions Perrin, 2013, page 365.

Malgré l’ampleur des pertes des deux grandes batailles de Verdun et de la Somme, les 2615 des Morts pour la France de Haute-Vienne en 1916 représentent un bilan annuel inférieur de 22% à celui des 3349 Morts de 1915.

Les 2615 Morts de 1916 selon les dates et les lieux

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Le profil mensuel des pertes en 1916 est un peu moins prononcé que celui de 1915 : les pertes sont moindres pendant les mois d’hiver (janvier, février, décembre), elles culminent à 351 Morts en septembre 1916, mais on est loin des 668 morts de septembre 1915.

Une analyse plus fine permet de repérer les dates et les lieux les plus meurtriers (► Consultez les tableaux statistiques 1 et 2).

Dans les premiers jours de la bataille de Verdun, on enregistre 21 Morts le 24 février 1916, principalement au bois des Fosses. Le 3 mars 1916, on compte 20 Morts aux alentours de Douaumont. Du 6 au 11 mars 1916, il y a 101 Morts qui concernent surtout la rive ouest de la Meuse (Forges, la Côte de l’Oie, Bois des Corbeaux), mais il y a encore de nombreux morts sur la rive est (Vaux-devant-Damloup). Les 9 et 11 avril 1916, on compte 43 Morts, principalement tombés à la Côte du Poivre pour le 63e RI et à Bras pour les 78e RI et 138 RI. Le 9 juin 1916, on compte 24 morts, principalement à la cote 304 dans les rangs du 412e RI, et le 23 juin 1916 on compte 21 morts, principalement à Thiaumont.

Carte de la bataille de Verdun du 21 février au 19 décembre 1916

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Au mois de juillet 1916, la moyenne journalière des Morts passe à 9,2 contre 7,7 à 7,8 d’avril à juin, car aux soldats  de Haute-Vienne tombés à Verdun s’ajoutent ceux qui sont frappés dans la Somme : le 12 juillet 1916 on enregistre un premier sommet de 27 Morts et le 20 juillet 1916 le pic du premier semestres est atteint avec 38 Morts (essentiellement dans quatre lieux de la Somme : Asservillers, Barleux, Estrées (combat du 417e RI), Hardecourt). Le mois d’août est plus calme avec une moyenne de 6,3 Morts par jour, par contre on atteint une moyenne record de 11,7 Morts par jour en septembre. Le 4 septembre 1916 est le jour le plus meurtrier de l’année avec un maximum de 39 Morts (en particulier à Bois Chênois à proximité de Damloup o% sont tombés des soldats du 214e RI) (2), et on compte encore 31 Morts le 6 septembre. Le mois d’octobre revient à une moyenne comparable à celle du mois d’août avec 6,2 Morts par jour. Novembre rebondit à une moyenne de 7,8 Morts par jour, avec un pic de 33 morts le 15 novembre 1916 (combat du 338e RI à Pressoire), quelques jours avant la fin de la bataille de la Somme.

(2) À titre de comparaison, il faut rappeler que le premier jour de l’offensive en Artois et en Champagne, le 25 septembre 1915, culmine à 348 Morts, et que le jour le plus sanglant de la Grande Guerre pour les soldats de Haute-Vienne reste le 28 août 1914 avec 863 Morts.

Carte de la bataille de la Somme du 1er juillet au 18 novembre 1916

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Les 2615 Morts de 1916 selon les départements et les pays

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Le graphique sur la répartition des Morts pour la France de Haute-Vienne selon les départements et les pays montre qu’au premier semestre de 1916, les Morts se concentrent essentiellement dans le département de la Meuse (62,5%) à cause de la bataille de Verdun. Parmi les autres départements du front français, on trouve ensuite le Pas-de-Calais (9,3%) avec des lieux de combats tristement célèbres comme Écurie et Neuville-Saint-Vaast,  et la Marne (8,3%) avec des lieux de combats comme la Harazée et Minaucourt. La Haute-Vienne, en tant que département d’origine des soldats, est le premier département de l’arrière avec 17 Morts (1,4%). On notera la présence de 6 Morts en mer du 3e RIC, le 26 février 1916, suite au torpillage de la Provence II (paquebot servant de transport de troupes) et seulement 7 Morts dans des pays étrangers (Belgique, Grèce, Suisse, Tunisie).

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Au second semestre 1916, le département de la Somme rassemble le plus de Morts (54,9%) à cause de la bataille qui s’y déroule. Le département de la Meuse occupe la seconde place (26,7%) car la bataille de Verdun s’y poursuit. On observe une proportion relativement plus importante de Morts à l’étranger (Grèce, Serbie, Macédoine) en liaison avec les opérations de l’Armée d’Orient, mais aussi suite à des maladies (décès dans les hôpitaux du camp de Salonique). On notera également que 8 soldats du 15e ETEM (escadron du train des équipages militaires) disparaissent en mer, suite au torpillage du Gallia, le 4 octobre 1916.

 

Les 2615 Morts de 1916 selon les régiments

MPF HV 1916 - Régiments

La répartition des Morts pour la France de Haute-Vienne selon les types de régiments connaît deux modifications notables en 1916 par rapport à celle de 1915 : l’une concerne l’infanterie et l’autre l’artillerie. L’infanterie, toutes catégories rassemblées, continue de concentrer l’essentiel des pertes, mais  si la part de l’infanterie d’active reste majoritaire, elle recule à 54,3% contre 65,8% en 1915, inversement la part de l’infanterie de réserve passe à 20% contre 10,5% en 1915. Compte tenu de l’hécatombe dans les rangs des classes 1911-1913 et d’une base démographique plus étroite que celle de l’Allemagne et de la Russie, l’armée française est obligée de mettre en première ligne des classes d’âge plus élevées pour augmenter ses effectifs en 1916 (3). Du côté de l’artillerie, on observe une augmentation du poids des pertes qui passe à 5,5% (143 Morts) contre 1,8% (61 Morts) en 1915. Ces pertes plus lourdes sont liées à l’usage massif de cette arme dans les batailles de Verdun et de la Somme.

(3) : “L’armée française de 1916 est plus importante que celle de 1914 avec 25 pour cent d’effectifs supplémentaires”. John Keegan, La Première Guerre mondiale.Éditions Perrin, 2013, pages 341-342.

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Les 2615 Morts pour la France de Haute-Vienne en 1916 se répartissent dans 493 unités (régiments, bataillons, escadrons, sections…), mais les 25 premiers régiments comptent 953 Morts, soit 36,4% du total. Dans cette liste on retrouve aux premières places des régiments d’infanterie de Haute-Vienne dont les dépôts sont à Limoges (63e RI, 78e RI, 278e RI, 89e RIT) et Magnac-Laval (138e RI et 338 RI). Viennent ensuite des régiments de la France du sud-ouest (Cahors, Angoulême, Montauban, Brive, Toulouse, Périgueux, Tulle, Saintes) ou des départements de la ligne de front (Reims, Verdun, Belfort, Valenciennes, Lille). On notera la présence des 412e RI, 418e RI et 417e RI qui sont de nouveau régiments formés en 1915, ainsi que celle du 21e RAC qui traduit les pertes plus élevées des artilleurs en 1916.

Le triste bilan de 1916

L’année 1916 se termine sans que les deux grandes batailles de Verdun et de la Somme ne permettent de l’emporter sur l’autre camp.”Dans l’enfer du feu industriel, sous les orages d’acier, les soldats ont tenu” (4), mais la mort de masse est toujours présente. Le remplacement du général Joffre par le général Nivelle à la tête de l’armée française en décembre 1916 suffira-t-il à emporter la décision en 1917 ?

(4) Phrase extraite de la conclusion : ” ils grognaient, mais ils marchaient”. Jean-Yves Le Naour, 1916, l’enfer, éditions Perrin, octobre 1914, pages 345-349.

► Pour retrouver le détail des informations sur les 2615 Morts pour la France de Haute-Vienne en 1916, consultez les trois tableaux statistiques du fichier Excel : http://14-18.crdp-limousin.fr/wp-content/uploads/2016/06/1916-MPF-HV.xlsx