La liste des 3003 Morts pour la France de Limoges

Le projet d’élaboration d’une liste des morts de la Grande Guerre

Le monument aux morts de la commune de Limoges a été érigé en 1931, mais il ne comporte pas les noms des combattants morts de la Grande Guerre. Afin de réparer cet oubli, le projet d’élaborer une liste des morts a été confié par la municipalité actuelle aux Archives Municipales de Limoges.

Les sources sur les Morts pour la France

L’élaboration de cette liste des morts, 97 ans après la fin de la Première Guerre Mondiale, et 84 ans après l’érection du monument aux morts de Limoges est une opération complexe. Le groupe de travail mis en place par les Archives Municipales a fonctionné essentiellement à partir de deux sources de données :

– les fiches individuelles des Morts pour la France, élaborées en 1920-1921 et disponibles sur le site Mémoire des hommes du Ministère de la Défense ;

– le livre d’or des Morts pour la France de la commune de Limoges, élaboré en 1929-1930 et disponible sur le site des Archives Nationales.

Une troisième source constituée par les registres de l’état civil de la commune de Limoges a été utilisée ponctuellement, pour vérifier des informations, à partir des actes de naissance et des actes de décès.

Une quatrième source constituée par les registres matricules des militaires de Haute-Vienne, et disponible auprès des Archives Départementales de la Haute-Vienne n’a pas été retenue. Elle aurait nécessité un temps de recherche trop considérable car les documents ne sont pas encore numérisés et doivent être consultés manuellement en salle de lecture.

La composition de la liste des morts

Les sources de données sélectionnées déterminent la composition de la liste des morts. Elle concerne les personnes décédées entre le 2 août 1914 et le 24 octobre 1919, et ayant la mention « Mort pour la France ». Cette mention est instituée par la loi du 2 juillet 1915, modifiée par la loi du 22 février 1922. Elle porte sur « tout acte de décès d’un militaire ou civil tué à l’ennemi ou mort dans des circonstances se rapportant à la guerre ». La ligne « genre de mort » des fiches individuelles précise les différentes circonstances retenues : tué ou disparu sur le champ de bataille, mort de blessures de guerre, mort de maladie ou d’accident dans le cadre du service.

Par la loi du 25 octobre 1919, « relative à la commémoration et à la glorification des morts pour la France au cours de la Grande guerre », l’État lance le projet d’un Livre d’or comprenant les noms de tous les Morts pour la France, et qui serait déposé au Panthéon. Les listes élaborées dans chaque commune française en 1930 comportent en principe les Morts pour la France nés ou qui résidaient dans la commune à la date du décès. En réalité, des deux critères de naissance et de résidence, c’est le second critère qui l’emporte. Cela signifie que la liste du livre d’or comporte les Morts pour la France qui résidaient dans la commune, les uns nés dans la commune et les autres nés ailleurs.

Les résultats de la recherche

Le travail de recherche mené à partir des données des fiches individuelles et du livre d’or de Limoges met en avant deux grands ensembles :

– 1855 Morts pour la France nés à Limoges issus des fiches individuelles ;
– 2504 Morts pour la France nés ou transcrits à Limoges issus du livre d’or.

Le recoupement entre les deux sources fait ressortir trois sous-ensembles de Morts pour la France :

– 1366 Morts pour la France nés à Limoges et dont les actes de décès ont été transcrits à Limoges constituent en quelque sorte le « noyau dur » de la liste car ils cumulent les deux critères de naissance et de domiciliation ;

– 489 Morts pour la France nés à Limoges et dont les actes de décès ont été transcrits en dehors de Limoges. Par définition, ils ne sont pas retenus par le livre d’or de Limoges, et ils ont été comptabilisés uniquement à partir des fiches individuelles du site Mémoire des hommes. Le critère de résidence en dehors de Limoges conduit à ce que souvent ils figurent sur le monument aux morts de leur commune d’accueil : une enquête menée auprès des fiches individuelles du site MémorialGenWeb montre qu’au moins 49% sont déjà inscrits sur un autre monument, mais on peut supposer que certaines familles de ce groupe auraient souhaité que leur défunt figure sur le monument de Limoges lors de son édification en 1931, si elles en avaient eu la possibilité ;

– 1166 Morts pour la France nés en dehors de Limoges mais dont les actes de décès ont été transcrits à Limoges. Le critère de résidence au décès à Limoges fait qu’ils figurent dans le livre d’or. Dans ce sous-ensemble, on peut distinguer une majorité de 750 Morts qui sont nés dans d’autres communes de Haute-Vienne, et une minorité de 398 Morts qui sont nés dans des communes en dehors de la Haute-Vienne.

Les apports et les limites de la liste

Dans le souci de n’écarter aucun cas de figure, les trois sous-ensembles ont été retenus, ce qui conduit à une liste de 3003 Morts pour la France de Limoges. Ce choix le plus large est aussi celui qui a été effectué par les Archives municipales de Tulle pour dresser la liste des Morts pour la France de la commune.

Dans le cas de Limoges, la proximité entre la période d’élaboration du livre d’or (1929-1930) et celle de l’édification du monument aux morts (1931), amène à penser que cette source est la plus fiable dans l’élaboration d’une liste qui se voudrait « idéale ». Cependant, l’apport des fiches individuelles élaborées en 1920-1921 n’est pas négligeable. Elles permettent de vérifier les informations individuelles du livre d’or qui portent sur l’orthographe du nom et des prénoms, la date et le lieu de naissance, le grade et le régiment d’affectation, la date et le lieu de décès. Elles apportent également d’autres informations comme le registre matricule, le centre de recrutement, et le genre de mort. Elles complètent le livre d’or qui ne contient pas les Morts non transcrits à Limoges, et les marins Morts pour la France (la commune de Limoges n’étant pas située à proximité de la mer, cela ne porte que sur 9 individus).

L’élaboration en 2015 de la liste des morts de la Grande Guerre de la commune de Limoges comporte par construction une part d’arbitraire. Elle ne peut être parfaite car il est impossible de reconstituer a posteriori ce qu’auraient été les choix des familles si elles avaient eu la possibilité en 1931 d’indiquer à la commune si elles souhaitaient voir le nom du parent décédé figurer sur le monument aux morts. Elle n’est pas exhaustive car les sources sélectionnées ne prennent pas en compte les militaires qui n’ont pas obtenu la mention « Mort pour la France »

Luc Fessemaz, professeur chargé de mission Documentation au Canopé de l’académie de Limoges.

Références bibliographiques :

– Morts pour la France de la Première Guerre mondiale, article du site Mémoire des hommes.

– Les livres d’or des Morts pour la France de la Première Guerre mondiale, article du site des Archives Nationales.

Données statistiques comparatives :

– Les 3003 Morts pour la France nés ou transcrits à Limoges représentent 3,26% des 92 181 habitants au recensement de 1911.

– Les 648 Morts pour la France nés ou transcrits à Tulle représentent 4,06% des 15 942 habitants au recensement de 1911.

Document annexe

MPF de Limoges - recoupements des ensembles 16 12 2015

Note sur le schéma : Le livre d’or de Limoges, disponible en ligne sur le site des Archives nationales, comporte une liste alphabétique de 2511 noms de Morts pour la France. Par construction, il ne contient pas les fiches des marins Morts pour la France. À l’examen, il faut en soustraire 7 cas en double pour arriver au total de 2504 Morts pour la France. Il existe également un cas de Mort pour la France, né et dont le décès a été transcrit à Limoges, d’après sa fiche individuelle du site Mémoire des hommes, mais qui semble avoir été oublié par le livre d’or…