2591 Morts pour la France de Haute-Vienne en 1918

1918, l’année de la Victoire

Le traité de BrestLitovsk signé le 3 mars 1918 entre les gouvernements des Empires centraux et la République bolchevique, issue de la révolution russe, met fin aux combats sur le front de l’Est. Il permet de rapatrier sur le front de l’Ouest les divisions allemandes les plus performantes et de recréer une situation stratégique de supériorité numérique contre les armées françaises et britanniques. Il faut cependant agir vite avant que l’intervention des troupes américaines ne renversent l’équilibre des forces. Ludendorff propose une attaque près de Saint-Quentin pour percer le front de la Somme et avec comme but final de “battre les britanniques”. L’opération connue sous le nom de code “Michael” commence le 21 mars. Les troupes allemandes réussissent une percée et trois jours après le début de l’offensive, la menace d’une séparation des armées britanniques et françaises entraîne une crise interalliée. Dans l’urgence de la situation, il est décidé de nommer Foch comme général en chef des Alliés afin de mieux coordonner les actions des deux armées. L’offensive allemande est en échec à partir du 5 avril, elle bute devant Amiens et elle est arrêtée dans la région de Montdidier. Lundendorff riposte le 9 avril en lançant l’opération “Georgette” contre les Britanniques dans les Flandres. Elle vise à conquérir Ypres et à atteindre les côtes de la Manche. Cette seconde offensive allemande se traduit par le conquête du mont Kemmel le 25 avril, et se termine par celle du mont Scherpenberg le 29 avril, sans apporter le décision espérée. Lundendorff réoriente alors son effort contre les Français. Cette troisième offensive lancée le 27 mai à partir du Chemin des Dames, menace Paris situé à 120 kilomètres bombardé par un canon à longue portée appelé “grosse Bertha”. L’engagement des marines, corps d’élite de l’armée américaine, permet de renverser la situation à l’ouest de Château-Thierry le 6 juin. Ludendorff lance une quatrième offensive sur le Matz le 9 juin, mais elle est rapidement brisée le 14 juin par les Français assistés des Américains. Les troupes allemandes s’épuisent avec l’accumulation des pertes et avec le début de l’épidémie de “grippe espagnole” qui frappe des soldats moins résistants car moins bien nourris. Le 15 juillet, Ludendorff lance toutes  ses forces dans une cinquième offensive : lors de cette seconde bataille de la Marne, les troupes allemandes progressent pendant trois jours, mais dès le 18 juillet elles subissent un contre-offensive de la part des Français soutenus par cinq puissantes divisions américaines. C’est le tournant de la Grande Guerre, l’implication massive des troupes américaines et la supériorité écrasante dans le domaine de l’arme blindée vont permettre de mener les troupes allées à la Victoire finale. Une percée à l’aide des chars est réalisée le 8 août devant Amiens, “jour noir de l’armée allemande”.  Au cours du mois de septembre, les Allemands se replient vers leur ultime ligne de résistance, la Ligne Hindenburg. Au mois d’octobre les armées allemandes sont au bord de l’effondrement, mais les combats meurtriers se poursuivent jusqu’à la signature de l’Armistice le 11 novembre 1918.

Les dates de décès

Après la baisse des Morts pour la France de Haute-Vienne enregistrée en 1917, on observe en 1918 un niveau plus élevé avec 2591 décès, ce qui est comparable à l’année 1916 mais représente un proportion de 70% par rapport au sommet des 3711 décès des cinq mois de l’année 1914. Mensuellement,les deux premiers mois de l’année sont les moins meurtriers de la Grande Guerre. Par la suite on note une augmentation des Morts lors de cinq offensives allemandes : on passe de 129 Morts en mars lors de l’offensive Michael qui frappe relativement plus les troupes britanniques, à 342 Morts en juillet lors du tournant de la seconde bataille de la Marne. Le dernier mois complet de combats en octobre est particulièrement meurtrier pour les soldats de Haute-Vienne avec 545 Morts : c’est le quatrième mois le plus meurtrier des 52 mois de la Grande Guerre, après ceux d’août-septembre 1914 et celui de septembre 1915.

 

 

Les lieux de décès

Au premier semestre de l’année 1918, quatre départements (Aisne, Oise, Marne, Somme) concentrent 64,1% des Morts, en liaison avec les quatre premières offensives allemandes. À l’étranger, on relève 60 Morts en Belgique, en particulier à Locre (23 Morts) lors de la bataille des Monts de Flandres.

Au second semestre 1918, les pertes sont un peu plus dispersées : les quatre premiers départements rassemblent 56,3% avec en particulier les combats qui se déroulent dans l’Aisne et dans la Marne, et dans une moindre mesure dans l’Oise et dans les Ardennes. Le 15 juillet 1918, premier jour de la seconde bataille de la Marne est le plus meurtrier de l’année avec 50 Morts. Les 28-30 juillet 1918 enregistrent 26 Morts à Fère-en-Tardenois dans l’Aisne, ce qui en fait le lieu de combat le plus meurtrier de l’année. Le total dans les pays étrangers rassemble 14% des Morts au second semestre contre 11,2% au premier trimestre : cette progression s’explique en particulier par la forte hausse des décès de prisonniers en Allemagne (59 Morts contre 10), et par celle des Morts sur le front italien (53 Morts contre 18). Il y a aussi 77 Morts sur le front d’Orient (Albanie, Bulgarie, Grèce, Macédoine, Serbie), plus souvent décédés de maladies que de combats.

Sur le graphique des 25 principaux lieux de décès en 1918, on retrouve des lieux de combats (Aisne, Belgique, Marne, Ardennes) déjà signalés et de grandes villes de l’arrière où l’on enregistre dans les hôpitaux des décès causés par des blessures ou des maladies (la “grippe espagnole” en particulier). Limoges occupe la première place avec 70 Morts, viennent ensuite les villes Paris, Châlons-sur-Marne, Vicence (Italie), Beauvais, Châteauroux, Ognon, Compiègne, Épernay et Meaux. Reims est une exception à cette liste car il s’y déroule de violents combats à proximité depuis 1914.

Les régiments de décès

Les pertes restent massivement concentrées sur les régiments d’infanterie, mais tous types rassemblés (chasseurs, coloniaux, active, réserve, territoriale)  le total est moindre que les années précédentes (79,7% contre 84,9% en 1917 et 89,8% en 1916)  car les ressources humaines s’épuisent et on assiste à un usage toujours plus intensif de l’artillerie avec une nouvelle arme comme les chars (8,6% des Morts contre 7,8% en 1917 et 5,2%  en 1916) et de l’aviation (0,8% des Morts contre 0,4% en 1917 et 0,2% en 1916). On observe aussi une progression importante des pertes dans la cavalerie (3,4% contre 1,8% en 1917 et 0,7% en 1916) et dans le génie (3,8% contre 2,6% en 1917 et 2,0% en 1916).

► Pour consulter le détail des statistiques de l’article et des graphiques, téléchargez  le document Excel 1918 MPF HV

Ressources sur les Morts pour la France de Limoges

À l’occasion des commémorations du centenaire de la Grande Guerre, le Canopé de l’académie de Limoges met à votre disposition cinq ressources pour mieux connaitre les 3003 Morts pour la France de Limoges.

En introduction à ces cinq ressources, le texte sur la liste des 3003 Morts pour la France de Limoges présente l’origine du projet, les sources utilisées pour élaborer la liste, la composition  de la liste et les résultats de la recherche, les apports et les limites de la liste.

Schéma des cinq ressources

Schéma des 5 ressources de MPF de Limoges

Les cinq ressources se composent d’un portrait statistique, d’une carte interactive et de deux questionnaires pédagogiques.

Le portrait statistique des Morts pour la France de Limoges se décline sous deux formes : un texte de 28 pages présente de façon détaillée les douze indicateurs analysés (nom, prénoms, lieu de naissance, date de naissance, date de décès, lieu de décès, lieu de résidence, centre de recrutement, régiment, grade, genre de mort) ; un diaporama de 41 pages présente de façon synthétique les douze indicateurs à travers des graphiques et des cartes.

La carte des Morts pour la France de Limoges comporte neuf calques : les six premiers calques permettent de visualiser les lieux de décès par année (de 1914 à 1919), le septième calque présente l’ensemble des 1087 lieux de décès, le huitième calque présente les batailles et opérations associées aux Morts pour la France de Limoges en 44 étapes, le neuvième calque propose de suivre le parcours du 63e régiment d’infanterie de Limoges pendant la Grande Guerre (régiment qui comporte le plus de Morts pour la France de Limoges).

Les questionnaires pédagogiques comportent 20 questions à choix multiples, avec des explication à la fois pour les réponses justes et les réponses fausses. Le questionnaire sur le portrait statistique permet de revisiter les principaux résultats des douze indicateurs statistiques. Le questionnaire sur la carte porte sur principaux lieux ou événements associés aux neuf calques.

Quiz sur la Carte des Morts pour la France de Limoges

Questionnaire pédagogique comportant 20 questions

► Pour pouvoir répondre au mieux, vous êtes invité au préalable à lire l’article la « Carte des Morts pour la France de Limoges » sur le site La Grande Guerre et le Limousin.

Carte des MPF de Limoges

Septième calque : les lieux de décès des Morts pour la France de Limoges : 6 questions
Huitième calque : batailles et opérations associées aux Morts pour la France de Limoges : 10 questions
Neuvième calque : le parcours du 63e régiment d’infanterie de Limoges : 4 questions

La Carte des Morts pour la France de Limoges en 20 questions

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La Carte des Morts pour la France de Limoges

La Carte des Morts pour la France de Limoges peut être utilisée à différents niveaux. À la recherche de soldats de Limoges morts entre 1914 et 1919, on peut imaginer s’en servir pour reconstituer des parcours individuels, en s’appuyant sur les registres matricules disponibles auprès des Archives départementales de la Haute-Vienne, de même que sur les journaux des marches et opérations et les historiques régimentaires disponibles en ligne auprès du site Mémoire des hommes. Dans une optique plus collective, les différents lieux de décès ont été reliés afin de suivre dans le temps les principales batailles et opérations de la Grande Guerre où les soldats de Limoges sont tombés. Il est également proposé de suivre le parcours du 63e régiment d’infanterie de Limoges depuis son départ pour le front le 5 août 1914, jusqu’à l’armistice du 11 novembre 1918. Les différentes étapes de ce parcours sont illustrées par des extraits de l’Historique et des JMO du régiment.

La Carte des Morts pour la France de Limoges s’inscrit dans le prolongement du Portrait statistique des Morts pour la France de Limoges, présent sur le site La Grande Guerre et le Limousin sous la forme d’un diaporama synthétique et d’un article détaillé. La carte comporte neuf calques qui permettent différentes approches.

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Les Morts pour la France de Limoges

Portrait statistique des Morts pour la France de Limoges

pendant la Grande Guerre (1914-1919)

Cet article se propose de dresser le portrait statistique des 3003 Morts pour la France de Limoges à partir des informations contenues dans la liste dressée par les Archives Municipales de Limoges. Il s’agit essentiellement d’une analyse descriptive conduite à partir de douze indicateurs présents sur les fiches individuelles des Morts pour la France que l’on trouve sur le site Mémoire des hommes du ministère de la défense.

[1] Le classement des Morts pour la France de Limoges selon le nom

Un siècle après la Grande Guerre, se souvenir de ceux qui sont décédés lors de ce conflit, c’est d’abord leur donner un nom. Dans les petites communes, les noms sont gravés à jamais sur le monument aux morts, ce qui n’est pas le cas de villes plus importantes comme Limoges ou Tulle. D’où l’importance du travail mené par les Archives municipales de ces villes pour dresser cette liste de noms qui répond au devoir de mémoire.

Dans la liste des 3003 Morts pour la France de Limoges, on compte 1961 noms différents. 1476 noms figurent une seule fois (49% des Morts) et 485 noms (51% des Morts) figurent de deux à dix-sept fois (graphique 1). Ces statistiques traduisent la grande diversité du stock des noms en France par rapport à de nombreux autres pays. Cette diversité est cependant moindre que celle que l’on peut observer aujourd’hui, car la liste porte sur des générations nées à la fin du XIXe siècle, époque où l’effet des migrations de population au niveau national ou international reste encore faible dans un département comme la Haute-Vienne. Parmi les 9 soldats nés à l’étranger, seulement deux ont un nom à consonance étrangère : Korngut (né en Autriche) et Canellakis (né en Grèce). On note que cinq noms Thomas, Dupuy, Faure, Faucher, Texier, apparaissent de douze à dix-sept fois dans la liste, il s’agit de patronymes très courants dans le département. On remarque également la présence de noms typiquement haut-viennois comme Nouhaud (9 fois), Laplaud (4 fois), Boulesteix et Lathière (seulement 2 fois) (1).

(1) Article Patronymes et toponymes courants en Limousin : un déterminisme géographique. Auteur : Joselito Mancuso – Insee Limousin, novembre 2007.

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