Le service militaire

… « René a passé le conseil de révision aujourd’hui. Bon pour trois ans… »

Service militaire carte postale recto              Service militaire carte postale verso

Document : carte postale d’un conscrit
Au dessus de l’image bucolique du « piou-piou » de 1914 on peut effectivement lire, au verso de la carte postale : « bon pour 3 ans ». En effet, le service militaire universel instauré par la loi de 1905 prévoyait un service obligatoire de 2 ans sous les drapeaux pour tous les jeunes garçons de 20 ans (« la classe » 1891, par exemple, a 20 ans en 1911), reconnus « bon pour le service » au terme du fameux « conseil de révision » chargé d’écarter les jeunes hommes considérés comme inaptes au service des armes (pour défaut de taille : 1m56, malformations diverses etc. ). Pour pallier la faiblesse démographique de la France par rapport à l’Allemagne (véritable obsession de la majorité des militaires de l’époque) et après des débats parlementaires violents, le service fut porté à 3 ans entre 1909 et 1913. C’est l’une des nombreuses manifestations du climat de « paix armée » qui régnait alors en Europe.

L’instruction théorique du soldat

Document : extrait de l’instruction théorique du soldat par lui-même, 1909

 

Instruction théorique 2

Dans cet extrait du chapitre 7 des « devoirs du soldat » on notera combien l’accent est mis sur « le mouvement en avant » qui « seul est décisif », « l’offensive », à la baïonnette bien entendu…C’est l’état d’esprit qui prévaut en France mais aussi dans l’ensemble des états-majors. De façon incompréhensible, on continue à privilégier le choc sur le feu (« la balle ne tue pas » colonel de Grand-Maison) comme un siècle plus tôt. C’est ne pas tenir compte des progrès prodigieux de l’ère industrielle dans tous les domaines y compris celui de l’armement (par exemple les armes à tir automatique comme les mitrailleuses à 600coups par minute). On comprend mieux, dés lors, les hécatombes de l’été 14.

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Le « barda »

Document : enregistrement des effets d’un soldat
Pour le « poilu » ordinaire, le « barda »(mot familier d’origine arabe issu de l’argot militaire) ne se limite pas aux quelques effets présentés sur le document ; de plus le « barda » de 1918est bien plus lourd que celui de 14 : « Fusil, vêtements de rechange, bidons, vaisselle individuelle ( dans la plupart des armées) ou collective (vaisselle d’escouade de l’armée française), couverture ,toile de tente, outils de campements de tranchée, vivres de réserve, bretelles de cuir, ceinturons et cartouchières, masques à gaz, pansements, sans parler des objets personnels les plus divers que les soldats emportent avec eux (correspondance, photographies, livres, objets de piété, médicaments, aliments reçus de l’arrière, canne etc. Tout cela charge le sac mais aussi les musettes, les poches, et il n’est pas rare que le soldat se déplace avec un chargement d’une trentaine de kilos voire davantage ».

Source : Stéphane Audoin-Rouzeau « Encyclopédie de la Grande Guerre » 2013.

Le barda

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1er août 1914, la mobilisation au travers du journal d’Armand

Document : La mobilisation à Limoges – 1er Août 1914.

Extrait du journal de « Armand » … soldat non identifié, originaire de Limoges, journal tenu du 1er aout 1914 à novembre 1914, peut être réécrit à partir de notes lors de son hospitalisation en novembre.

1er août à La mobilisation

 

« …Nous vivons des heures d’angoisse ; nous sommes dans un moment de surexcitation extraordinaire, à chaque instant nous nous attendons au coup fatal. La guerre sera-t-elle déchainée ou passerons nous encore cette fois au bord du précipice sans y plonger ?
Quatre heures ! Anxiété terrible, on nous annonce que les affiches de la mobilisation sont apposées, mais non, encore un peu d’espoir, c’est le maire de la ville qui prévient les commerçants de ne pas augmenter le prix des dentées ou ils seront poursuivis. Certains, peu scrupuleux, faisaient déjà la hausse. Cette fois ci c’en est fait, la mobilisation générale est déclarée, affolement général, surtout pour ceux qui doivent partir le deuxième jour… »

Le 2 août 1914, suite du journal du soldat Armand

Document : le 2 août à Limoges , suite du journal du soldat Armand.

2 août à Limoges

2 août
Depuis cinq ou six jours on ne vivait plus que dans les cauchemars, cette fois ci la réalité s’impose, l’Allemagne a déclaré la guerre à la Russie et à la France, immédiatement des éditions spéciales de journaux nous le font connaitre
Alors que tous croyaient à un sentiment de réprobation contre la guerre à Limoges, on parlait même de révolte : tout est calme, l’opinion a été bien préparée, le parti socialiste lui-même annonce que cette guerre est bien l’œuvre de l’Allemagne, c’est elle qui la voulait. Personne ne doute de l’issue de cette guerre monstrueuse, pas un cri discordant, tous ont confiance, non pas cette confiance pétrie de suffisance, mais la fermeté de notre force armée et morale, nous ne doutons pas de notre bon droit.
L’opinion générale est que cette guerre avec les armements modernes ne peut durer plus de 3 à 4 mois….

Extrait du journal d’Armand, originaire de Limoges, tenu du 1er août 1914 au 18 novembre 1914.