La guerre de mouvement

1914 : la guerre de mouvement et « la course à la mer » racontée par le soldat « Armand »

 

Le ton du récit ne traduit ni peur ni enthousiasme ; le soldat (1)  est à l’évidence dans le même état d’esprit que l’immense majorité de ses compagnons : un soldat qui fait son devoir.

 

Son départ le 8 octobre nous permet de constater qu’il a eu la chance d’échapper aux deux mois du début de la guerre qui ont vu l’échec de l’offensive Joffre , l’invasion allemande du plan Schlieffen et la contre attaque miraculeuse de la Marne en septembre . Ces deux mois de la guerre dite de mouvement ont été les plus meurtriers de l’histoire militaire française avec près de 240 000 morts (25 000 pour la seule journée du 23 aout). Engagé dans les opérations en octobre il participe à la campagne de « la course à la mer « (d’où sa présence à l’extrême nord du pays à au terme de laquelle le front se stabilise de la mer du nord à la Suisse pour quatre ans dans des tranchées dont il n’est pas encore question.
Notre témoin découvre avec admiration l’armée anglaise, à laquelle son unité semble servir d’appui et de réserve; il en admire l’organisation efficace « les imperméables » et le « bel air » de cette armée de « volontaires » ce qui est bien vu puisque l’armée Kitchener est uniquement constituée de « pals batallions « , bataillons de copains dans un pays où le service militaire obligatoire n’existe pas . « Quelle différence avec nous » dit-il avec justesse car l’uniforme de drap bleu et rouge du soldat français a une guerre de retard (le bleu horizon n’apparait qu’en 1915).

 
Partout il découvre les traces des destructions systématiques laissées par les allemands en retraite : « partout ils ont laissé des traces », « vols, viols ». S’il ne parle pas de meurtres de civils (plusieurs centaines de belges ont pourtant été victimes de la phobie allemande des « francs tireurs «, sortes de résistants sans uniformes, il évoque longuement « la cohorte lamentable des gens du pays » fuyant la zone des combats en catastrophe.

 
La guerre à proprement parler, les combats, il la découvre d’abord par le bruit du canon, avant de distinguer « le sifflement des balles » et de se trouver au milieu des obus qui « éclatent à 100 mètres derrière nous » .Notre homme est alors plongé dans la guerre moderne, nouvelle et à peu près totalement imprévue dans sa forme et sa durée, au cours de laquelle l’artillerie fera 80 % des millions de soldats morts. Pluie meurtrière contre laquelle, tel son ami Tharaud il n’y a qu’à « s’accroupir et ne pas se montrer ».

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(1) Le soldat Armand, de Limoges , commence son journal le 1er aout en rendant compte de la mobilisation à Limoges puis part au front le 8 octobre 1914 : il participe d’abord à la guerre de mouvement jusqu’en Belgique ; il envoie régulièrement du courrier à son épouse ( retrouvé dans le journal ) . Blessé le 13 novembre , il est évacué et remet au propre ses souvenirs récents ( guerre des tranchées) .Le journal s’arrête le 8 novembre : Armand a-t-il considéré que « sa » guerre était terminée ? a-t-il été trop affecté par cette journée du 13 novembre où il a vu mourir son copain Tharaud , de Limoges également ? ou bien ses propres blessures – qu’il décrit peu étaient -elles trop graves ?
Le journal du soldat que nous ne pouvons qu’appeler « Armand « a été découvert dans un vide grenier , à Limoges , en 2014

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