Les soldats racontent la guerre

Témoignage d’octobre 1914 : textes et transcriptions

Le 18 novembre 1914
A ma chère et tendre épouse, hommage de celui qui n’a de pensée que pour elle et ses chers enfants. Relation exacte de ce que j’ai vu depuis mon départ.

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8 octobre : cette fois ci c’est officiel, départ à 1 h, rassemblement du régiment. Présentation du drapeau, allocution du colonel, courte mais explicite, nous allons au front où c’est toujours l’inconnu.

9 octobre Départ des Loges où la compagnie s’était rassemblée et enfin en route pour la gare de s M matelots à Versailles. Vers minuit le train s’ébranle direction Cherbourg où nous arrivons sans encombre à 5h45 du soir. Nous logeons à la caserne des pompiers. On nous laisse quartier libre, j’en profite pour aller me restaurer et visiter un peu le port mais la nuit nous oblige à rentrer

10 octobre : embarquement

11 octobre ; nous débarquons à Dunkerque, un transbordeur vient nous chercher pour accoster comme le débarquement était très long avec des camarades nous avons grimpé une échelle de fer, quoique abrupte, nous y sommes arrivés bien avant les autres.
Nous comptions bien rester à Dunkerque pour admirer la plage que nous avions aperçue en passant mais il faut partir et nous voici dans Malo les bains où nous logeons chez l’habitant . La ville est gentille avec ses maisons en brique, ses villas à colonnettes, sa plage superbe.
Nous allons voir le camp anglais qui m’intéresse vivement, ils sont vraiment bien installés, leurs cuisines, leurs tentes sont bien organisées, nous ferions bien de prendre exemple sur eux pour leurs procédés. Les habitants de Malo nous ont reçu cordialement, ils ont mis à notre disposition des lits et même beaucoup ont offert le couvert .


 

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Moi même je suis tombé chez des gens très gentils, nous y avons fait un bon souper, arrosé d’une bonne bouteille …..

12 octobre A 8 h rassemblement, nous prenons le train à Dunkerque … c’est le fameux inconnu, où nous arrêtera t-il ? A peine partis nous croisons un train de prisonniers allemands. Nous passons Berque, Cassel Hazebrouck. Nous croyons que c’est le terme de notre voyage mais après 2 heures d’attente on repart. Voici Caestre, tout le monde descend. Nous pouvons voir un échantillon du passage des Uhlans, ils ont coupé tous les fils télégraphiques et téléphonique, la gare est saccagée, malgré cela pas trop de mal, les maisons n’ont pas trop souffert.
À peine quittons nous la gare que nous entendons le canon. On nous fait placer le long des fossés et par petits groupes nous avançons ; bientôt nous pouvons voir la poudre et la fumée des obus. Nus sommes bien sur la ligne de feu. Malgré cela nous revenons sans avoir tiré un coup de fusil, la bataille a pris fin, nous revenons en arrière pendant que les anglais poursuivent l’ennemi et allons coucher dans notre cantonnement

13 octobre : réveil en vitesse vers 5 h, nous allons vers Saint Sylvestre où nous faisons le café, le canon tonne, la bataille est commencée nous rencontrons des convois d’anglais, dont un blessé, nous y remarquons les hylanders avec leur jupon court. Il est probable que nous tournons le dos au combat car le bruit s’éloigne à mesure que nous marchons
Nous traversons un village, les maisons ont reçu des obus et plusieurs sont à moitié détruites, partout où les allemands sont passés ils ont laissé des traces


 

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Suite.
Bientôt à midi précise les mitrailleuses ont commencé leur concert avec l’artillerie et l’infanterie, le combat est acharné sous une pluie diluvienne nous sommes en attente stoïquement ; nous nous trempons jusqu’aux os, on nous a fait placer derrière un buisson en réserve des anglais. La bataille se déroule vers le mont Cats d’où les anglais ont délogé les boches, ceux-ci reculent et la journée se termine à l’avantage de nos alliés
A la nuit on loge à.Wesveste, octroi de France, les allemands n’y ont pas fait trop de dégâts matériels mais ils prennent tout et au monastère des baptistes qui est élevé sur le mont Cats, ce qu’ils n’ont pas pu emporter ils l’ont piétiné, les bouteilles brisées, 200 kg de beurre hors service etc.

14 octobre : au réveil on nous apprend que les allemands ont reculé de 11 km : dans une charge à baïonnette les Anglais leur ont mis 800 hommes hors de combat.
Nous partons et bientôt le son du canon nous accompagne , nous prenons des formations de combat ; lorsqu’on nous dit de faire le café naturellement on s’empresse de poser sac à terre et de préparer ce breuvage insipide qu’on appelle jus …… voilà cinq jours que nous ne prenons que des repas froids aussi faisons nous une consommation plutôt grande d’alcool , lequel est d’ailleurs bon marché et de qualité inférieure
Et le tabac ? C’est le vrai paradis des fumeurs, la fraude bat son plein
En avant, nous voilà repartis en colonnes par quatre ….c’est une marche sans danger, souvent nous sommes arrêtés par la cavalerie et l’artillerie anglaise.


 

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Suite
Fort bel air, quelle différence avec nous. Il est vrai que ce sont tous des volontaires ; ils ont des imperméables que nous envions sous l’averse qui tombe sans discontinuer.
Nous finissons par arriver à la frontière belge laquelle n’est marquée que par un piquet …il faut qu’un homme du pays me le dise pour que je le sache …..Certains habitants parlent très bien le français par contre d’autres ne comprennent que le flamand. Nous cantonnons à Renneghelst où les allemands ont tout pillé, partout on ne parle que de vols et de viols, c’est affreux. Les anglais les ont délogés proprement, ils les poursuivent vigoureusement …

15 octobre nous partons aux avants postes, toujours le canon et la fusillade, les allemands reculent encore
Au moment de la soupe nous avons eu une alerte, un taube a traversé nos lignes, nous lui avons envoyé quelques balles mais n’avons pu l’arrêter il était raiment trop en hauteur. Nous sommes placés de suite derrière la ligne de combat et avons pour mission d’éviter le retour des patrouilles ennemies …
Au milieu de la nuit j’ai pris 2 heures de garde avec Tharaud, il régnait un brouillard intense, on ne voyait rien, seul l’oreille pouvait servir.


 

Les soldats racontent la guerre 21octobre1914

21 octobre
Au matin on nous annonce un recul en effet le bruit du canon se rapproche et bientôt de l’autre coté du canal c’est la cohorte lamentable des gens du pays qui s’enfuient devant l’envahisseur. Merckem est en feu , le curé passe devant nous suivi d’une pauvre petite fille qui active le plus qu’elle peut mais son courage faiblit et nous sommes obligés de menacer d’autres fuyards pour qu’ils ne l’abandonnent pas , c’est triste à faire pleurer ce cortège d’épaves humaines , les uns s’en vont comme des fous à l’aventure n coupant à travers champs , d’autres ont pu attelet quelques animaux et mettre en sureté leur avoir n, où seront-ils demain car les obus les suivent pas à pas .


 

Les soldats racontent la guerre 22octobre1914

22 octobre
Je viens d’apprendre que les sergents. ont été évacués pour cause de maladie, au moins ils ne verront pas le spectacle de cette misère. Vers midi nous les sentons près de nous, les obus éclatent un peu en avant, une fumée noire s’élève rapidement, nous nous mettons à notre poste de combat, les officiers ont l’air affairés. Ils avancent encore, la canonnade se rapproche de plus en plus, les obus sifflent au dessus de nos tâtes et éclatent à 100 mètres derrière nous, formant une ligne bien nette … Bientôt la fusillade s’en même, on perçoit distinctement le sifflement des balles au dessus de nos têtes …..


 

Les soldats racontent la guerre 28octobre

28 octobre
J’ai à coté de moi Tharaud et un chasseur, nous faisons le coup de feu, Tharaud craint il les coups que je le vois s’accroupir et ne plus se montrer, comme je n’ai pas de temps à perdre surtout que d’un coup d’œil je vois qu’il n’est pas blessé, je m’emploie de mon mieux avec le chasseur à tirer sur le boche qui est en face de nous, bien embusqué » dans une ferme. Un dragon est blessé derrière nous et le capitaine qui vient se rendre compte de notre situation nous dit qu’un de nos camarades est tué, cela me chagrine beaucoup car c’est le premier. Les allemands avancent dans notre direction, nous lâchons quelques feux de salve cependant qu’une compagnie du 41 e en rampant s’approche de la ferme et en déloge l’ennemi ; en partant celui-ci met le feu à la ferme en tout cas nos sommes plus tranquilles et pouvons respirer, leur attaque a échoué.


 

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